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jeudi 17 novembre 2022

La métaphore du coffre à jouets, nouveau chapitre


La métaphore du coffre à jouets, nouveau chapitre.


Comme vous le savez, j'aime bien mettre la main dans le coffre à jouets qu'offre le domaine public, ce qui ne m'empêche pas de créer mes propres jouets. En général, je mélange très peu les deux, mais des fois...


Prenons le personnage de Die Letzte, tarzanide moderne. Son origine tient en quatre pages (j'ai le storyboard sous la main pour en attester). Problème : les possibilités pour qu'elle évolue seule dans la jungle, sans des amis humains de tribus indigènes vachement roots ou des animaux dont elle aurait appris à parler la langue, sont assez limitées. Car non, si ces ressorts narratifs fonctionnaient il y a un siècle, il n'est pas possible de les réutiliser pour une création du XXIe siècle. Est-ce pour autant la mort de l'imagination ? Non, mais à condition d'utiliser intelligemment d'autres ressources.
C'est là qu'arrive la nécessité d'ouvrir le coffre à jouets public, afin de trouver avec quel autre jouet Die Letzte pourrait interagir dans le but d'enrichir son histoire, en évitant soigneusement de recourir à un imaginaire daté et quelque peu litigieux, au regard des mœurs actuelles (ce qui se comprend tout à fait).


L'imagination, la création, ce n'est pas un processus ex nihilo. Elle se nourrit de nos vies et de nos expériences, et de ce que nous avons vu, entendu et lu. On s'inspire tous de quelque chose, à des degrés divers. Prétendre le contraire serait mentir. Ce qui fait la différence, c'est la façon dont notre imagination traitera les éléments bruts que nous mettons à sa disposition, voire même la vitesse à laquelle elle sera capable de les traiter. Cela ne fonctionne pas à vide. Et plus il y aura de carburant, mieux ça fonctionnera.


Utiliser le coffre à jouets public ne stimule pas forcément l'imagination de la même façon, car ceux-ci sont chargés de beaucoup d'histoires. On peut donc choisir de rester prudemment sur les sentiers battus, comme un hommage, ou bien choisir de s'en éloigner au bout d'un moment. Autrement dit, on peut rester sur le vieux jouet ou bien le faire interagir avec celui qu'on vient de créer. Certaines personnes se sentent plus à l'aise dans l'hommage, d'autres auront tendance à prendre ce qui leur plaît pour créer une histoire qui s'en détache.

Dans mon cas, j'ai pris le parti d'enrichir mes créations en y ajoutant des petites touches empruntées aux histoires qu'il m'arrive de traduire. L'exemple le plus probant est l'inclusion de Ghost Woman dans Dark Fates, officialisée dans la nouvelle "La femme fantôme". Mon idée est d'ajouter une strate complémentaire à une histoire neuve, et non de m'appuyer complètement sur le passé pour raconter mon histoire. Pour autant, hors de question de dénigrer les auteurs qui ne suivent pas ma méthode, puisque je suis très friand de voir à chaque fois ce que les créateurs, qu'ils soient mes amis ou non, peuvent bien faire des jouets bien connus qu'ils ont à leur disposition.

En conclusion, il n'y a pas de bonne ou mauvaise façon de faire : il y a celle qui vous convient. Dans tous les cas, donnez-vous à fond.

dimanche 24 juillet 2022

Une petite histoire brûlante

 

Ce billet est un complément à l'arcadianecdote des 10 ans que j'ai postée sur le blog d'Arcadia.

Il revient sur les jours qui ont vu se développer le projet Forgotten Generation. Toutefois, je vais éviter de faire trop dans la redite, parce que le sujet a été quand même pas mal traité. 

Ou comment nous sommes passés de l'image de gauche à celle de droite.



Il est de notoriété publique, désormais, que les graines véritables ont commencé à être plantées fin 2007/début 2008, par mes nombreux échanges avec Sophie, dont je voyais le potentiel artistique. Il est aussi de notoriété publique que le projet a été présenté sur le forum de La Tour Des Héros. Voilà pourquoi sur la couverture de Brûlant, représentant Arsinoë de World Justice, vous pouvez trouver ce logo naïf de LTDH.

Pourquoi Brûlant ? Parce que je trouvais, à l'époque, que ce serait cool de reprendre le nom d'un vieux magazine. Non mais, en fait, même maintenant, j'adorerais faire ça. Et n'oubliez pas qu'à l'époque, Strange venait d'être relancé par Organic Comix. Mais c'est aussi parce que mon modèle avoué, c'était les petits formats Arédit-Artima, avec leurs histoires de complément tirées de titres horrifiques. Finalement, cette couverture était plus un petit délire/hommage qu'un prototype, et nous sommes partis sur un titre original.

Et pourquoi Fantomah ? Parce que je trouvais le concept intéressant et qu'il fournissait un bon contrepoint avec nos BD originales. Je crois que Stardust (autre BD de Fletcher Hanks haute en puissance expérimentale) aussi avait été envisagé à une autre période. Mais le problème, c'est que chez Actes Sud, ils avaient déjà publié la moitié de ces épisodes dans un premier volume de l'intégrale des BD de Fletcher Hanks, et finalement, le reste a été publié dans un deuxième volume (ces deux albums ont depuis été réédités en un seul et même épais volume cartonné). Risquer de marcher sur les plates-bandes d'une maison d'édition confirmée n'étant certainement pas le meilleur moyen de commencer, nous avons laissé tomber pour aller chercher The Green Claw

Et un dossier Leiji Matsumoto ? Alors là, c'est parce qu'on avait pensé mettre du rédactionnel, et quoi de mieux qu'un dossier sur un mangaka à l'œuvre marquante ? Car oui, le vaisseau d'Albator a donné son nom à l'association, au bout du compte. Leiji Matsumoto est un auteur dont j'apprécie particulièrement la production. Dès lors, pourquoi avoir laissé tomber les dossiers ? Je crois qu'on a privilégié le contenu BD/création. On a bien eu une page rédactionnelle sur Jack Cole, mais bon... Je réfléchis parfois à remettre plus de rédactionnel dans Forgotten Generation, mais je ne suis pas sûr qu'il y en ait besoin pour le moment, vu que les numéros sont déjà bien remplis. On verra.

Et enfin... que sont ces trois cristaux sur le logo de Dark Fates ? Je crois que c'est une piste que j'ai oubliée, bien que je viens de ramener cette histoire de cristaux dans FG6. Mais quand vous le reverrez, ce ne sera plus lui.

Ah oui, entre le dessin de gauche et le dessin de droite, il s'est écoulé 10 ans !

vendredi 1 juillet 2022

Dark Fates, seconde vie

Encore un billet que je commence à écrire, comme bien d'autres en mai et juin. Cette fois, c'est pour parler à nouveau de cette bande dessinée qui rythme ma vie depuis bien longtemps : je veux bien sûr parler de Dark Fates.

Résumons : j'ai dessiné le premier épisode en 2008 pendant un semestre déjà validé. J'ai pris le projet qui me tentait le plus et je me suis lancé sans trop de filet. Puis j'ai enchaîné avec le deuxième épisode un peu plus tard, et commencé le troisième avant de m'arrêter en 2009, attendant la publication effective des deux premiers. Dark Fates a commencé à être publié dans Forgotten Generation à partir de mars 2011, soit trois ans après avoir été dessiné. J'avais vachement évolué entretemps, j'ai eu quelques critiques là-dessus, ce qui fait que j'ai commencé à proposer des pages toutes neuves à partir de 2012, ce qui n'est pas plus mal.

Je n'avais pas vraiment prévu la périodicité de Forgotten Generation. J'avais dû me dire qu'en sortir deux par an serait bien, mais n'étant pas tout seul à faire le bouquin, il a fallu s'harmoniser. La périodicité s'est donc fixée par défaut à un numéro par an. 

Puis les festivals se sont multipliés, et l'envie de proposer des rééditions de Dark Fates en albums s'est fait ressentir. Malheureusement, la périodicité annuelle n'est pas idéale pour une saga, et encore plus quand il y a trop de différences de niveau entre le début et le présent, et il faudrait tout refaire pour harmoniser l'ensemble. Alors, que faire ? J'ai opté pour une solution simple : ne rien changer, mais diffuser les archives sur Internet.

Il ne s'agit pas d'un divorce avec Arcadia Graphic Studio, puisque j'ai encore beaucoup de projets à concrétiser avec l'association et ses membres, et je suis fortement emballé en voyant ce qu'on prépare. Dark Fates va juste bénéficier d'une vie supplémentaire sur Mangadraft, un complément pour faire découvrir mon univers. Vous retrouverez toujours Ewen Merrick au sommaire de Forgotten Generation et en tandem avec d'autres illustres personnages publiés dans les pages de la revue.

Voici donc le moyen de découvrir ou redécouvrir Dark Fates et mon évolution dans la BD :

https://www.mangadraft.com/comics/dark-fates


L'avenir se joue actuellement, mais fera l'objet d'une bonne grosse news sur le site d'Arcadia. En attendant, vous pourrez retrouver un inédit de Dark Fates dans Forgotten Generation 6, en vente très bientôt !

samedi 29 janvier 2022

Aventures Fiction, l'histoire oubliée de 2012-2013

 

En l'espace de quelques années, on a vu renaître pas mal de grands noms des revues comics et associées -  je vous renvoie à mon dernier article consacré à Strange. Ainsi, on a vu défiler Etranges Aventures, Futura, Mustang, et plus récemment Fantask (un mook sur la pop culture). Aussi, je me suis dit, dans ma tête de 10 ans de moins : pourquoi je ne relancerais pas un ancien titre à mon tour ? (pour info, ce n'est pas aussi simple)

En 2012, alors que je rédigeais mes premières traductions professionnelles, j'ai revu Jean Depelley, scénariste, écrivain, journaliste et traducteur, notamment pour deux revues que j'appréciais particulièrement : Golden Comics et Golden Titans. Dites-vous bien qu'à l'époque où ces revues paraissaient, soit entre 2009 et 2010, c'était alors le seul moyen de lire des comics du domaine public en français, avant que le créneau ne devienne porteur parmi les petits éditeurs. Dites-vous bien que sans Golden Comics, Jean Depelley et Fred Treglia, l'homme derrière tout ça, l'engouement pour les comics oubliés n'aurait jamais pris autant. Aurait-on eu The Green Claw dans Forgotten Generation 0 ? Disons que les grands esprits se sont rencontrés. Mais je digresse.

Ce soir de la fin de l'automne 2012 (presque l'hiver), nous avons passé des heures à discuter avec Jean, et je me suis dit en mon for intérieur : et si c'était moi, via Arcadia Graphic Studio, qui sortais les épisodes qui restaient à publier dans Golden Comics et dans Golden Titans ? Malheureusement, on était encore aux débuts de l'association, et nos moyens étaient rudement limités (nous étions loin de pouvoir imprimer en couleurs), donc cette idée a dû être tuée dans l'œuf.

Cependant, l'idée d'une revue dédiée à la traduction a fait son petit bonhomme de chemin, et s'il n'était pas possible de reprendre Mustang (j'avais adhéré à la dernière formule du petit format à l'époque, même si ce n'était pas du goût de tout le monde), j'ai fini par trouver : Aventures Fiction. Aventures Fiction, pour resituer, c'est une revue qui a débuté en 1958 et s'est arrêtée en 1987 après quatre volumes différents, dont les deux premiers étaient dédiés à la publication de séries DC Comics. Pour accueillir des BD de genres différents, le nom n'était pas mal. J'ai même ébauché, un soir, un prototype de couverture en couleurs directes, pas vraiment ma meilleure production. Puis, début 2013, j'ai lâché le projet. C'est alors qu'Antonio Pastucci, alors responsable de Vortex Comix, qui était à l'époque un blog reprenant des comics du domaine public traduits en français, m'a contacté pour me demander s'il pouvait reprendre le titre pour lui-même. Il m'a alors proposé d'écrire une préface, que voici dans son intégralité : 


 Quand Antonio m'a demandé de faire la préface de ce premier opus d'Aventures Fiction « ressuscité », j'ai été à la fois honoré et surpris. Ma seule contribution avait été de donner la permission d'utiliser ce titre sur lequel j'avais mis une option, aussi c'était peu pour justifier un texte de ma part.


Cependant, en y réfléchissant, j'ai pu comprendre ce qui avait motivé mon camarade : nous avons en commun une passion pour le célèbre « âge d'or » des comics, et nous avons chacun de notre côté œuvré pour sortir certains de ces personnages de l'oubli. Et quand je vois le travail accompli par l'équipe de Vortex Comix, je vois que ce jeune label a décidément sa place au sein du « marché de la nostalgie ».


Il faut bien savoir une chose : l'âge d'or des comics est un sujet très vaste recouvrant une période de près de vingt ans, et cette frénésie créative est comme un équivalent de la ruée vers l'or pour le vingtième siècle. Mais parmi ces pionniers, beaucoup ont été oubliés par l'Histoire (tout comme leurs créations). Pensez : la plupart étaient de jeunes gens dont l'objectif était de gagner un peu d'argent avant de pouvoir intégrer des métiers plus « glorieux », comme la publicité. C'est pourquoi il existe un patrimoine si conséquent que son exploration est un travail à plein temps, entre retrouver les fascicules d'époque et identifier le contenu (sans parler de le conserver numériquement).


Ayant bien étudié le sujet depuis plus de cinq ans, je reste pourtant étonné de voir que le sommaire d'Aventures Fiction a comme un goût d'inconnu pour moi : en effet, Red Demon, Nightmare et Wildfire font partie de ces personnages oubliés parmi les personnages devenus orphelins, dont les plus connus sont sans conteste Wonderman (premier « clone » de Superman interdit par National Periodical), Daredevil, Black Terror, Green Lama, Thun'Da... Bref, il reste tant de ces concepts à redécouvrir qu'il est impossible de tout connaître.


Mais bien sûr, partager les aventures antédiluviennes de ces héros n'est qu'un premier pas pour les faire sortir de l'oubli. Pour revenir à leurs créateurs, ceux-ci pouvaient produire en masse sans réellement s'impliquer, et ainsi laisser à l'état d'ébauches des concepts qui auraient pu s'imposer si les conditions avaient été réunies, mais la route de l'âge d'or est pavée d'éphémères maisons d'édition aux publications éparses et d'auteurs souvent très mal renseignés sur leurs droits. De fait, rares sont ceux qui ont réussi à aller au bout de leurs idées.



C'est là, par conséquent, que le travail commence, et que Vortex Comix sortira de l'oubli tous ces héros du néant dans lequel ils avaient disparu.


Maintenant, il est temps de partir pour l'aube de l'héroïsme coloré, en compagnie du trait des regrettés Will Eisner et Frank Frazetta !



Florian R. Guillon (président de l'association Arcadia Graphic Studio, auteur des BD Dark Fates et Esprit Vengeur, traducteur de comics)


 La suite des événements, c'est que cette revue, qui devait avoir cette couverture représentant Wonder Man, n'a jamais vu le jour sous cette forme. Vortex Comix lancera finalement en août 2014 une revue The Legends of the Golden Age en impression à la demande, en petit format, avec le contenu du blog en noir et blanc, à l'exception du troisième et dernier numéro en couleurs, avec Wonder Man en vedette. On ne les trouve plus sur lulu.com depuis quelques années, et Vortex Comix a changé de nom pour devenir Yamraj Comics. Ils publient toujours des comics du domaine public, mais ils réutilisent également les personnages dans de nouvelles aventures. Et avec Arcadia Graphic Studio, on bosse souvent avec eux.

Mais l'Âge d'Or des comics ne s'est pas éteint chez Arcadia pour autant, puisqu'outre deux albums spéciaux consacrés à Black Terror et à Barry Kuda, Jane Drake, Spider Queen, Ghost Woman, Strongman, The Lynx et Red Panther sont passés par les pages de Forgotten Generation et Forgotten Generation Extra. Et ce n'est pas fini. 

Et qu'est devenu Aventures Fiction, dans tout ça ? Eh bien, c'est tout simplement devenu le nom du podcast de Xavier Fournier, des émissions passionnantes sur les comics et ceux qui les font.


mercredi 26 janvier 2022

Strange, la légende

 

Pour le lectorat de comics en France d'un certain âge, il y a certaines choses qui touchent au sacré, mais Strange est sûrement le summum.

Strange est le magazine qui a pérennisé les comics Marvel dans l'hexagone, après les tentatives étouffées par la censure qu'étaient Fantask (là aussi, un titre qui touche au sacré) et Marvel. C'était en janvier 1970. Au sommaire, on y trouvait les X-Men, Iron Man, Daredevil et Silver Surfer. Bien évidemment, ça a évolué par la suite, notamment quand Spider-Man (l'Homme Araignée, ou l'Araignée jusqu'en 1998) s'est installé définitivement à bord à partir du numéro 18, devenant la star du journal. 

Cette formule aurait pu durer au-delà de sa vingt-sixième année et de son 324e numéro, si Semic avait encore eu les droits Marvel. Coup dur révélé en décembre 1996 dans toutes les revues de l'éditeur : "Marvel, c'est fini". En réalité, l'éditeur américain était de retour dès février 1997 sous la houlette de Panini, ce que peu de gens savaient car, à l'époque, Internet était fort peu répandu. Semic, privé de sa locomotive, a donc dû acheter de nouvelles licences.


La surprise était totale quand, en mai 1997, apparut dans
les kiosques le numéro 325 de Strange, avec Batman, JLA, Wonder Woman et Flash ! Du matériel entièrement DC Comics ! Sacrilège ! Cette formule n'a pas dû prendre, puisque dès le numéro 332, Flash et Wonder Woman, en pleine saga, ont été remplacés par Sovereign Seven (à l'épisode 15) et Impulse. Mais le mal était fait, et Strange repartit dans les limbes au numéro 335, en mars 1998. 

Et pourtant, le célèbre magazine finit par revenir là où on ne l'attendait : chez Organic Comix. Le fondateur, Reed Man, a contacté les héritiers de Jack Kirby, ainsi que Tom Scioli, et c'est donc à un magazine sous le signe du King auquel nous avons eu droit jusqu'en 2012, puisqu'outre Reed Man et Tom Scioli se réclamant de l'influence Kirby, ils ont été rejoints par Jean-Marie Arnon, au style pas si éloigné. Outre des inédits de Kirby et des BD dans le style du maître, on a eu droit à Chris Malgrain, Jim Arden, Chott, Jean-Yves Mitton... Un vrai festival !

Mais malgré cette orientation, le Strange version Organic Comix est toujours vu par une frange du lectorat comme un sacrilège, un truc qui ne vaut rien ou qui n'existe pas, un "Strange de kékés" (lu sur les réseaux sociaux, où je me suis fait même insulter à l'époque pour avoir défendu ce Strange - heureusement que je n'ai pas précisé que j'étais abonné et dans la street team)... Donc, pour ces gens-là, il faut un Strange comme à leur époque, avec les personnages Marvel, pas sur papier glacé, et pas les épisodes modernes qui sont nuls. J'ai fait la synthèse des critiques. Je pourrais y répondre par un "OK boomer" tout à fait approprié. Je passerai sous silence le Strange Collector repris par Semic, un fascicule d'accompagnement pour vendre des plaques en métal de héros Marvel. Je ne sais pas si les vieux râleurs mentionnés plus haut sont montés au créneau pour dénoncer le foutage de gueule. Concernant le fait que la marque soit désormais entre les mains de Xavier Fournier (journaliste, conférencier, historien des comics), les râleurs attendent (sauf un), mais un plaisantin s'est déjà amusé à raconter qu'il était impliqué dans cette relance de Strange et dans celle de Spécial Strange (un projet différent, une collaboration entre Organic Comix et Original Watts)... autant dire qu'il s'est vite fait recadrer !

Etant tombé dans les comics à l'âge de 11 ans en août 1996, je n'ai donc pas appris à lire dans Strange, et je n'en ai pas acheté cette année-là. Cependant, j'avais un copain qui avait le numéro 308 que je lui ai souvent emprunté avant qu'il ne finisse par me le donner. Dedans, il y avait Deadpool, Spider-Man, Iron Man et Avengers (à l'époque, on disait "des espèces de X-Men", car c'était la référence en matière d'équipes de super-héros, étant donné que c'était la seule qu'on voyait à la télé). Ce n'était plus l'âge d'or qui, si j'en crois certaines personnes, s'était de toute façon terminé en 1983... J'essaie de comprendre. 

J'ai vécu en direct le lancement du Strange DC avec surprise, mais ce jour-là, j'ai préféré me faire acheter un album relié de trois numéros de Nova. Mon premier Strange, j'ai attendu août 1997 pour l'acheter, et c'était le 185. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, dans mon Shopi, il y avait à la caisse un étalage de pochettes promotionnelles de revues invendues un peu anciennes. C'est comme ça que j'ai bâti ma collection, ainsi qu'avec les albums reliés qui regroupaient les numéros invendus par deux ou trois, pour un prix réduit. C'est ainsi que j'ai récupéré pas mal de revues Semic/Marvel, car cet éditeur pratiquait la mise en vente d'albums reliés environ un an après la première parution. Ils ont cessé de le faire en 1998. Le concurrent Panini, qui a les droits Marvel depuis 1997, n'a en revanche jamais fait ça. A la place, ils ont sorti des coffrets de l'intégralité des revues Avengers et Silver Surfer de 1997-1998. Un gros investissement pour un lecteur jeune, qui a donc dû s'en passer (je crois n'avoir complété la collection d'Avengers qu'en 2008 ; quant à Silver Surfer, je n'ai que le numéro 13 et et je n'en ai jamais vu d'autres depuis). A partir de 1998, je n'ai vu qu'occasionnellement des pochettes promos. 

Ah, et puis Strange 308 est lié à de mauvais souvenirs, aussi. Sachez qu'en 1997, il était très mal vu de lire (bon, déjà, rien que le fait de lire, c'était pas top) Strange ou toute autre revue de comics au collège. Les super-héros étaient encore très très loin d'avoir acquis leurs lettres de noblesse au cinéma et étaient don cantonnés à des dessins animés, et que les dessins animés, c'est pour les enfants. On ne parlait pas de culture geek, à l'époque, on avait juste des secrets honteux à cacher au monde. Le collège, c'est vraiment un monde de merde.

Pour conclure, je suis impatient de découvrir les nouvelles versions de Strange et Spécial Strange. Je me demande comment les vieux râleurs vont réagir quand on en saura plus. Moi, je suis confiant dans les porteurs des projets.

vendredi 21 janvier 2022

Les archives secrètes : Venomous Girl (et les affres de la fanfiction)

 

Il est maintenant temps d'aborder mon dernier personnage sur le calendrier de l'Avent. Un personnage "culte" devenu un pilier de Forgotten Generation Extra : Venomous Girl. Et avant que vous ne disiez quoi que ce soit par rapport au dessin présenté, je précise qu'il n'est pas de moi, mais d'Olivier Pranlong (avec des couleurs de Bruno Citrugni, alors chez Yamraj Comics). Pourquoi l'avoir choisi ? Tout simplement parce que j'avais déjà 8 dessins à moi sur le calendrier de l'Avent, et que je ne voulais pas en mettre autant, à la base. Et puis quand on vous gratifie d'une illustration pareille, c'est criminel de ne pas la mettre en valeur.

Venomous Girl, donc, est un personnage que j'ai créé dans la frénésie de l'automne 1998, sous l'impulsion de ma meilleure amie d'alors, qui m'avait incité, par jeu, à faire d'elle une super-héroïne. En un rien de temps, j'avais déjà les premiers personnages, et comme le reste de mes créations d'alors, ça a reposé un petit moment. Il était convenu que Venomous Girl serait la fille d'Ale Celia, clone de Claire Djarvick des Challengers du Macabre, dans le futur de l'univers que je mettais en place. Et ce serait encore le cas au moment où j'ai repris la création, en me disant que Venomous Girl 2000 ferait bon ménage avec Batman Beyond. Parce qu'au printemps 2000, pour la première fois de ma vie, j'étais en contact avec un créatif comme moi. Je peux vous dire qu'au fil des échanges de mails, les idées fusaient, allant même jusqu'à un crossover officieux Venomous Girl/Batman Beyond. Puis je me suis concentré sur un autre projet.

En 2005, je découvrais l'univers de fanfictions Urban Comics, où un de mes nouveaux amis allait publier le Gorille pendant deux ans. Bien décidé à ne pas rester les deux pieds dans le même sabot (bien que j'ignore si cette expression centenaire s'est déjà employée à l'extérieur de Curzay-sur-Vonne), j'ai cherché quel personnage pourrait convenir. Venomous Girl, à l'époque contemporaine, remplissait tous les critères. Et puis, par son lycée, on pouvait même envisager d'intégrer plein de super-héros jeunes façon Smallville (qui a été une grande influence à l'époque, parce que j'aimais bien) pas encore adaptés à Urban Comics. Finalement, je suis passé à la création pure (en réalité, un droit d'inventaire de mon coffre à jouets métaphorique) quand j'ai remarqué la mention que les textes devenaient propriété d'Urban Comics. N'étant pas chaud pour lâcher ma création dans laquelle j'avais mis beaucoup de moi-même, j'ai décidé de ne pas leur proposer mes textes. 

Et la diffusion de Venomous Girl, comment s'est-elle faite, alors ? Par e-mail, tout simplement, jusqu'à l'automne 2006, date à laquelle j'ai ouvert mon espace perso Windows Live sur lequel j'ai bloggé jusqu'en 2009. L'accès était restreint à mes contacts Windows Live, et franchement, je n'en avais pas des tonnes, mais bon, on était entre gens de confiance. J'ai écrit Venomous Girl régulièrement de juillet 2005 à juillet 2007 ; j'étais en saine compétition avec le Gorille, l'écriture de Julien me stimulait... jusqu'à ce qu'il arrête tout. En 2008-2009, on a commencé à parler d'un Forgotten Generation hors série où on publierait des versions révisées du Gorille et de Venomous Girl, avec une conclusion et un crossover. Hélas, c'était la panne sèche pour reprendre l'aventure, et l'expérience de la publication de la nouvelle L'avènement dans Forgotten Generation 1 (que peu de gens ont lue) n'avait pas été concluante. Mais l'idée de terminer Venomous Girl était toujours là.

Quelque temps plus tard, j'ai exporté tous les textes sur InDesign afin de voir ce que ça donnerait en roman. J'ai même fait une rapide maquette, pour dire. Mais en relisant tout ça, je me suis dit que même si j'avais encore un attachement particulier pour Venomous Girl, son univers ne correspondait plus à mon style, et qu'une parution en roman ne serait pas appropriée. Néanmoins, je me suis dit que ces pages avaient quand même besoin de se confronter au public, et la publication de Forgotten Generation Extra m'a conforté dans cette idée.

Quant à la suite des événements, il y a déjà un crossover prévu avec Yamraj Comics qui pourrait permettre de donner l'impulsion nécessaire à une conclusion. 

Et viendra un reboot en BD. Un jour. Quand tout sera prêt. 

jeudi 20 janvier 2022

Les archives secrètes : Orst (ou les vestiges d'un vieil univers)

 

On passe au billet du 20 décembre, et on arrête de parler de Dark Fates. Là, on va parler de choses plus réjouissantes : du super-héros, atlante de surcroît.

Et là, si vous avez bien appris votre leçon, vous conviendrez qu'il s'agit d'un archétype, et donc d'un type de personnage très répandu. Je pourrais vous dire que sa création remonte à septembre 1998, sous l'influence d'Amalgam, avec le personnage d'Aquamariner de la JLX... mais ce serait faux. Et pourtant, j'ai vachement aimé ce personnage, que j'ai toutefois émulé avec la première version de Juan Cazaro de Dark Fates... et encore, je n'y ai touché que du bout des lèvres. Il nous faut aller en 2002 pour trouver les origines d'Orst.

Juin 2002, une période où je me remets au dessin et où je me remets à imaginer un univers super-héroïque. Mais pas avant de m'être dit que "Hum, j'explorerais bien l'univers d'où vient le Tony Stark adolescent de The Crossing." Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans, etc. Bon, ça a quand même été réédité en omnibus. Je me prends donc à faire des plans pour une fanfiction qui intègre de plus en plus de personnages hors Avengers (notamment Wolverine et Jubilé) et même des personnages d'autres maisons d'édition, parce que, hé, je peux me le permettre, car ce ne sera jamais officiel. Et puis est arrivée une question que m'a posée ma sœur, un truc qui peut paraître anodin mais que j'ai fini par adopter comme maxime : "Et pourquoi tu ferais pas ton propre truc ?".

A partir de ce moment-là, exit la fanfiction, je remplace tous les personnages par des créations, et j'ai même un fichier Excel pour tous les nommer. Je me retrouve vite, notamment, avec une équipe à la Justice League, et j'ai des noms pour les membres. Parfois, oui, juste un nom. Rien d'autre. Karl Seemann. Amphibius. Une page blanche, quoi. Et elle le restera jusqu'en 2005.

Juillet 2005. Je me mets à l'écriture de Venomous Girl, et en quête de personnages, j'ai Magdalena Seemann, fille de Karl. Elle est censée avoir un pouvoir d'hydrokinésie, mais elle ne l'a jamais utilisé dans les écrits publiés. Néanmoins, le lien est fait, et le père existe un peu.

2015. Cherchant un récit à faire dessiner à Bruce Cherin, je regarde quels personnages j'ai. J'ai des visions de Norvège et de monstres marins combattus par un homme plutôt âgé. Je me dis que c'est le moment pour Karl Seemann de faire son entrée dans le développement de l'Atlantide d'Arcadia Graphic Studio. Pour autant, avec dans le même univers un prince (Judo Squale) et un régent (Orcan, qui lui, pour le coup, était bel et bien un succédané d'Aquamariner), il fallait un personnage différent, marqué. Et pour son nom, j'ai cherché dans plusieurs langues quelque chose qui fasse exotique, jusqu'à ce que je me décide à chercher un dictionnaire de kobaïen. Orst, le premier. Banco. Avec le bon background qui le lie à Orcan et à la terre ferme, on obtient une bonne variation sur un archétype, tout en développant l'identité de l'Atlantide arcadienne, avec le savoir-faire de Maxime Saint Michel en plus (c'est lui, le garant de la continuité). Je suis fier de cette histoire travaillée avec Maxime et Bruce, et je ne déplore qu'une chose : c'est de ne pas pouvoir réutiliser Orcan. 

Au final, l'univers d'origine n'a été développé officiellement que dans Venomous Girl. Officieusement, il a aussi été développé en 2002 dans le projet Twilight (que je n'ai pas relu depuis très longtemps, mais qui ne doit pas être très agréable pour les yeux, étant donné que c'était du scénario écrit façon nouvelle), et il y a des chances pour que j'en reprenne encore des morceaux à l'avenir, mais moins les archétypes que les relations entre les personnages.


mardi 18 janvier 2022

Les archives secrètes : Claire Djarvick (et les sombres thématiques)

 

Après avoir étudié le billet du 18 décembre avec Xavier Enrikchen, ça tombait sous le sens que celui du 19 décembre soit consacré à Claire Djarvick, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Cependant, j'ai déjà pas mal abordé les Challengers du Macabre dans le billet précédent, donc je vais essayer de ne pas me répéter. 

Retour en 1998. Changement de classe, changement de pas mal de choses, et... premiers émois. Une fille inaccessible au premier abord (bien que plus complexe qu'elle ne semblait l'être), à qui j'ai du mal à parler, mais qu'importe, j'en fais un avatar, Claire Djarvick, dans les Challengers du Macabre, où elle devient, en gros, la mascotte de l'équipe. Cependant, elle aura un rôle beaucoup plus central et tragique dans la nouvelle de 1999. Mais à l'origine, elle devait être clonée, et son clone, Ale Celia, devait donner naissance à la future Venomous Girl quelques années plus tard. Il y avait donc un lien entre les deux projets à l'époque, mais c'était bien tarabiscoté, et il y avait pas mal de private jokes en prime. Et son père, CD Hunter, devait venger sa mort.

Quand j'ai remis Dark Fates sur les rails en 2008, j'ai également repris le personnage de Claire Djarvick, et j'ai dégagé le projet de tout lien avec quoi que ce soit d'autre. Donc plus question d'univers partagé et de super-héros. J'ai conservé les grandes lignes de Claire pour illustrer le deuil et l'abandon. J'ai changé pas mal de choses, mais j'avais encore besoin d'exorciser certains démons. Et quelque part, ce sont ces mêmes démons qui m'ont remis sur la voie du dessin et de Dark Fates en 2006. Un deuil, un traumatisme... c'était 1999 à nouveau. 

J'avais déjà traité un peu du deuil dans Venomous Girl fin 2005. Il fallait que j'aborde à nouveau le sujet pour raconter l'histoire que je voulais raconter. Mon goût pour l'horrifique et le glauque a fini par l'emporter. Les Challengers du Macabre héroïques sans costumes ne sont plus qu'un souvenir au fond de mon coffre à jouets métaphorique. Mais si j'avais développé cette BD à l'époque, d'une manière ou d'une autre, comment le cap de l'été 1999 aurait-il été franchi ? Aurais-je fait la même chose ? L'aurais-je fait en BD ? Les quelques lecteurs auraient-ils suivi ? Avec des si... ben, on peut faire des meubles. Je suis sûr que si j'appliquais la méthode "Et si... ?" à toutes mes créations, j'aurais de quoi alimenter ce blog jusqu'à l'an prochain... et accessoirement, me faire traiter de plagiaire, puisque Marvel le fait depuis 60 ans (et depuis un ou deux ans sur Disney +). Remarquez, chez DC, ils ont les Elseworlds, un concept finalement pas si éloigné que ça, reposant sur des variations plus ou moins poussées de l'univers de base. Mais je digresse.

Pour revenir à Claire Djarvick, elle était brune, à la base. Comme son modèle. Mais à partir du moment où j'avais Zira Ondalli qui était brune pour aller avec ses origines, je me suis dit qu'il fallait une blonde par contraste, comme dans Mulholland Drive. Quant à ses tenues, je me suis inspiré de la mode de 1999-2000, ce qui tombe bien, car c'est dans cette période que j'ai choisi de situer Dark Fates.

Les couleurs du dessin sont l'œuvre de Gaëtan Degasperi. J'espère qu'il va bien. Je mène des recherches actives.

Je pense que ça ira pour aujourd'hui. Le prochain billet est déjà programmé.

lundi 17 janvier 2022

Les archives secrètes : Xavier Enrikchen (et l'ère pré-Internet)

 

On passe maintenant au billet du 18 décembre, sur lequel j'aurai un peu plus de choses à dire, vu que je suis seul maître à bord de Dark Fates.

Donc voilà. Septembre 1998. Judgment Day d'Alan Moore d'un côté. Amalgam II de l'autre. En lisant le premier, j'ai eu une grosse poussée d'inspiration et décidé de créer mon propre univers, que j'espérais étendre avec l'aide de quelques camarades. Vous n'avez jamais eu entendu parler de ça ? Les quelques rares pages de BD (quatre au total, si mes souvenirs sont bons) qui en sont sorties ont disparu, donc c'est normal. Cette période était charnière pour moi, parce que j'étais dans une nouvelle classe, débarrassé de certains éléments perturbateurs, et... je n'étais plus au club journal. Vu que toutes mes idées étaient retoquées pour des prétextes fallacieux, mais en réalité pour cause de vengeance personnelle de la part de l'emploi jeune qui s'occupait du club (elle était en froid avec ma tante). La réalité des petites villes, quoi. Je me suis donc dit que, faute d'avoir un support officiel, j'allais m'en faire un qui le serait moins, quitte à faire les photocopies moi-même. 

Relisez la date : en 1998, nul n'avait encore entendu parler de webcomics, car tout le monde était loin d'être équipé d'un ordinateur en premier lieu, et surtout d'une connexion Internet. De plus, je n'avais pas non plus de scanner. Pas sûr, toutefois, que j'aurais beaucoup plus produit si j'avais été équipé : j'avais trop d'idées et pas assez de bras (je n'en avais que deux). Et je ne connaissais personne qui savait tenir un crayon dans le collège. Donc pas de soutien. Par conséquent, cet univers, je le développais à coups de dessins dans mon cahier.

Le projet qui s'est renforcé avec le temps, c'est Les Challengers du Macabre. Pourquoi ce titre ? Parce que Amalgam II et Challengers of the Fantastic. Et l'idée de ce projet de BD, c'était de faire, à la base, des super-héros sans costumes face à des monstres, des vampires, etc. J'avais Rob Zombie dans les oreilles tous les jours, et le fait d'avoir 13 ans m'avait ouvert à tout un pan culturel que je ne pouvais pas connaître avant, surtout que le phénomène Halloween pointait son nez en France. Et il était aussi fort logique qu'un des personnages des Challengers soit un mec au passé mystérieux, difficile à tuer et armé d'un bâton (je vous laisse deviner les deux personnages qui m'ont inspiré). Et c'est en lisant la BD Fax de Sarajevo de Joe Kubert que j'ai travaillé son passé en ex-Yougoslavie. Xavier Enrikchen est donc né de ce carrefour d'influences. 

Les Challengers du Macabre allaient connaître, en 1999, une nouvelle presque inachevée, que j'écrivais à peu près n'importe quand sur mes moments libres. Ca partait un peu dans tous les sens et ce n'était pas gai. J'ignore où se trouvent ces pages en ce moment, car elles n'ont jamais été numérisées, mais je me suis quand même inspiré de la trame de l'histoire pour deux chapitres de Dark Fates. Il y a eu beaucoup de changements, mais le résultat reste macabre à souhait. Alors non, ça n'a pas été facile à mettre en scène, mais c'était cathartique. Et puis ça a été publié sur du beau papier. C'est commandable sur l'Arcadia Store, Oui, je fais un peu de pub, parce qu'avec le virus qui nous embête depuis deux ans, nos revenus se sont écroulés. 

Bon, toutefois, concernant les Challengers du Macabre, je ne suis pas sûr que vous ayez raté grand-chose, car j'étais assez limité en dessin et en narration à cette époque. De plus, les histoires prévues étaient bordéliques. Mais qui sait ? Peut-être qu'en fin de compte, si j'avais eu du soutien à l'époque pour faire des planches régulièrement, j'aurais pu évoluer petit à petit et gagner un petit cercle de passionnés ? On ne le saura jamais.

Les archives secrètes : Smasher (et les archétypes)

 

Dans ce billet, je vais vous narrer la genèse de Smasher, personnage apparu pour la première fois dans Le Temps Des Héros en 2010 et intégré au multivers Arcadia en 2012 avec Esprit Vengeur. Sur le blog Arcadia, c'est le billet du 11 décembre.

Pour cela, il faut remonter à 2001. Pas l'Odyssée de l'espace, mais l'époque où Excalibur n'était pas encore devenue une boutique de jeux lambda ; non, on y trouvait encore des figurines McFarlane et des comic-books en VO. Parmi ceux-ci, l'un me faisait particulièrement de l'œil : Awesome Holiday Special. Pourquoi ? Parce que j'aimais bien l'univers Awesome de Rob Liefeld recréé par Alan Moore. On ne juge pas.

Dans ce numéro, il y avait une histoire de Fighting American dessinée par Rob Liefeld (ou comment continuer sur sa lancée de Captain America) où Spice, la jeune partenaire de Fighting American, combattait le droïde destructeur Smash. Bon, dites-vous à peu près que Fighting American = Captain America, Spice = Rikki "Bucky" Barnes (version robotisée) et Smash = Hulk (avec les couleurs inversées). Je ne sais plus comment ça m'est venu, mais j'ai probablement dû me dire que si Jeph Loeb et Rob Liefeld avaient fait leur Smash, rien ne m'empêchait d'avoir le mien. Et puis m'est venue l'idée d'appairer ce personnage avec un autre concept dérivé, mais cette fois de la licence Digimon (je garde cette histoire pour plus tard).

Bon, il est de notoriété publique que j'ai tout stoppé pendant quelques mois après octobre 2001, donc ce n'est pas allé très loin dans la réflexion. Vint ensuite 2010 où, avec le webcomic Le Temps Des Héros, je me suis amusé à mettre en scène des personnages de mon passé. J'avais besoin d'un super-vilain, et là, mes lectures d'époque m'ont fait réfléchir : on avait d'un côté le Hulk rouge (intelligent et pas tout à fait un super-vilain), et d'un autre côté, on avait Ultimate Hulk (à deux personnalités distinctes, mais avec un organisme adaptatif). Un mélange se crée. Et quitte à pousser les contrastes, autant habiller mon nouvellement nommé Smasher d'une façon très formelle. Comme un agent. Un agent du multivers. L'occasion de retrouver le concept initial qu'il formait avec le prototype de S-Ram, mais surtout d'étoffer tout ça pour ne pas faire du pastiche. 

J'en profite pour ajouter que j'ai eu droit à des remarques désobligeantes de la part de visiteurs et d'internautes concernant le fait que certains personnages que je dessine (ou qu'on a chez Arcadia) ressemblent à des personnages connus. Je me dois de répondre qu'au bout de 90 ans (et même plus dans le contexte de la SF), c'est malheureusement quasiment obligé de retomber sur les mêmes archétypes, et que tous les costumes ont été plus ou moins trouvés. De là, partir d'un archétype connu comme base d'un personnage est quelque chose de très répandu, et tout le monde le fait, même les auteurs de comics les plus acclamés. Tout se joue à l'écriture, au final. C'est ce qui fera l'originalité du personnage par rapport à son archétype, et qui ne vous fera pas dire que Superman, c'est juste Moïse fusionné avec John Carter. Ou que Dragon Ball, c'est juste Superman amalgamé avec le Roi des Singes (pour ça, je recommande le Comic Box HS Spécial Japon de 2001).

vendredi 7 janvier 2022

Petit décrassage de la nouvelle année

 

Comme ce blog si génial a été quelque peu laissé à l'abandon ces dernières années au profit du blog d'Arcadia Graphic Studio (qui n'est pas moins génial), j'en ai profité pour retaper deux pages.

La page "Dessins à la demande" comportait encore les anciens tarifs et de vieux dessins, alors j'ai décidé d'effacer tout ça et de remettre des prix quand j'aurai enfin pris le temps d'y réfléchir. 

J'ai pris un peu de temps pour mettre à jour la page "Productions BD et littéraires", qui n'avait pas été touchée depuis un temps situé entre Mathusalem et la chute du mur de Berlin, et j'ai dû rajouter un gros paquet de trucs. Parce que j'ai dessiné des épisodes de Dark Fates, mais aussi parce que j'ai ajouté quelque 14 épisodes de Black Terror à mon CV de traducteur ! Je suis donc officiellement l'homme qui a traduit le plus Black Terror en France, écartant la concurrence d'un revers du poignet. Accessoirement, j'ai aussi traduit les cinq épisodes de Barry Kuda plus quelques autres trucs sympas, mais en volume, ça n'en impose pas autant. Et quand je vois les ventes de Barry Kuda, je me dis que les gens s'y intéressent moins qu'à l'encapé à tête de mort, ce qui est dommage. 

Autre chose que j'ai traduite aussi : le webcomic Dasien, du moins les cinq premiers épisodes. Parce qu'il y en a 22, plus les spéciaux. J'ai fait la démarche d'aller demander l'autorisation à l'auteur, qui a accepté gentiment. Traduire des comics du domaine public, c'est une chose, mais traduire des auteurs vivants, c'en est une autre, et j'avais bien envie de faire du moderne après tant de temps passé sur des vieilleries. En plus, Neil Purcell a bien relayé les pages traduites dans un premier temps.

Malheureusement, ça n'a pas duré : en janvier 2021, toutes les pages ont été retirées par Facebook pour cause... de spam ! L'adresse du blog d'Arcadia est donc bloquée par le Réseau Social (mais étrangement, le site de Dasien a le droit d'être affiché alors que les deux adresses étaient postées en même temps), et les partages sont devenus plus difficiles, puisque si l'adresse du site d'Arcadia est sur une image, interdiction de partager ! Et bien évidemment, la situation n'a pas changé en un an !

Il y a donc des personnes malveillantes qui ont pris soin de signaler les pages de Dasien (et de balancer le site comme spam), et je ne sais toujours pas qui ! Il y a bien un groupe où on m'a dit d'arrêter, mais c'était en 2020, et à partir de là, j'ai stoppé la plupart des partages, me concentrant sur un nombre de groupes plus restreint. Et Neil Purcell, lui, à chaque partage, il y allait de son anecdote et de son ressenti, faisant quelque chose de vivant à chaque fois, et parfois des textes assez longs. Autant dire qu'il l'a eue mauvaise quand tout a été retiré de Facebook, ses textes compris. Il s'est beaucoup moins impliqué dans les partages à partir de là. Quel gâchis !

A ce jour, il me reste 17 épisodes de Dasien à traduire, soit environ 325 pages. Sachant que je ne fais pas que traduire : je prépare les pages pour le lettrage (j'efface tous les textes), je fais le lettrage (en simultané de la traduction, ça permet de gagner du temps), je prépare les posts quotidiens quatre jours par semaine, et je partage sur les réseaux sociaux. Un processus très long.

Mais Dasien est un webcomic cool et plein de surprises. J'aimerais bien pouvoir aller jusqu'au bout un jour, mais il faudrait que je sois suppléé sur au moins une étape. Parce que j'aime ce que je fais, mais du coup ça me laisse moins de temps à consacrer à Dark Fates, que je compte bien mener à terme aussi (je suis pratiquement à la moitié de l'histoire). 

Et là, je vois que ce qui devait être un billet court s'est transformé en un roman, donc je vais arrêter là. Je vous laisse avec les pages de Dasien traduites par mes soins.

samedi 11 septembre 2021

Whatever happened to the Man of Future Past?

Jenny Everywhere
 Bien le bonjour, vous qui lisez encore des blogs ! Cela faisait longtemps que je n'étais pas intervenu ici. En fait, l'année 2020 a été mouvementée, et... pas besoin d'en dire plus, en fait, on vit tous dans une société très différente depuis mars 2020. Je ne vais pas trop parler du Covid, car ça fait longtemps qu'on en mange tous les jours, et je préfère parler de mon parcours depuis janvier 2020. Parce que c'est mon blog, donc j'y parle de ce que je veux.

Je ne suis pas resté inactif pendant tout ce temps. En février, je me suis cloîtré chez moi pour avancer mes productions pour l'exposition "Seconde Vie" qui aurait dû être un petit moment de gloire, étant donné que ça me permettait de faire exactement ce que je voulais : travailler sur des disques, des cassettes, des assiettes, tous ces trucs récupérés à droite et à gauche que j'utilise comme supports artistiques. Si vous vous souvenez, j'en avais déjà quelques-uns avant 2020 sur mon DeviantArt. Et là, tout ce que je devais faire, c'était passer mon temps à m'occuper de ça tout en regardant Netflix, vu que j'étais tombé malade fin janvier.


Couverture de Gaëtan Degasperi

Une semaine avant l'exposition Seconde Vie, les interdictions tombent les unes après les autres, jusqu'à l'annonce du confinement. Déjà, le vernissage (ou "moment convivial", comme ils disent) de l'expo sur les femmes au CCAS, un peu plus tôt, s'était fait sans rien à manger, pour éviter justement les contacts. Le festival de Ligugé avait déjà été annulé, lui. Dire que j'avais pressé l'imprimeur de Forgotten Generation 5 pour qu'il nous livre à temps pour le festival, le colis est arrivé le vendredi, la veille de ce qui aurait dû être le jour du festival, mais en plein confinement. 

Il a fallu se contenter de faire quelques envois de FG5, car aucun endroit où le montrer. J'ai quand même pu le placer à la boutique Tanukie quelques semaines après, quand tout a pu rouvrir. Et il reste encore à le placer à la Fanzinothèque. Je suis très fier de ce numéro, car c'est le premier à être en couleurs et à être aussi épais. J'ai dû développer des trésors d'ingéniosité pour trouver une colorisation qui correspond à Dark Fates, et je crois que c'était plutôt pas mal. Pour l'épisode suivant, j'ai choisi une palette plus étendue. On verra ce que le public en pense. J'espère trouver un coloriste à qui déléguer cette tâche à l'avenir, parce que ça me prend beaucoup de temps, et je ne suis pas un coloriste-né.

Couverture d'Olivier Pranlong et Bruno Citrugni
En 2020, nous avons sorti également deux numéros de Forgotten Generation Extra. Cela m'a permis de travailler avec des artistes un peu différents, et c'est très gratifiant. On prépare le numéro 4 pour la semaine prochaine. J'ai choisi de traduire Red Panther et Spider Queen aux côtés de Jane Drake, tout en republiant mes textes de Venomous Girl. Il y a des choses que j'ai faites plus jeune que je regarde en rougissant, mais j'ai encore de l'affection pour Venomous Girl. A tel point que je comptais lancer la version BD. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.

Dasien

Vers la rentrée, je me suis dit que j'allais bien augmenter la présence d'Arcadia Graphic Studio sur les réseaux sociaux. J'ai donc négocié de pouvoir publier en français le webcomic Dasien, créé par Neil Purcell. Sauf que ça a été un peu difficile au début, puisque j'ai appris que la version que j'avais téléchargée sur DeviantArt n'était pas la bonne, et que j'aurais dû prendre les pages sur le site officiel. Tout s'est bien passé, Neil Purcell repartageant la VF en y allant de ses commentaires personnels, jusqu'en janvier 2021, où des personnes malintentionnées ont décidé de dénoncer les pages de Dasien avec lien vers le blog d'Arcadia comme spam. Résultat : toutes les planches ont disparu de Facebook, y compris celles accompagnées des commentaires de Neil Purcell, et l'adresse http://arcadiagraphicstudio.blogspot.com est considérée comme spam par le réseau et Instagram. On ne peut donc plus faire de promotion en mettant des liens, et c'est rétroactif. Pire, ça concerne même les images contenant l'URL en signature ! J'ai essayé de contourner le problème en utilisant un Linktree mais ça n'a marché qu'un temps avant que Facebook et Instagram ne considèrent cette nouvelle adresse comme spam. Je suis furieux, surtout quand on voit toutes les saloperies que la société de Mark Z laisse passer même quand on les signale. Je ne sais pas qui a choisi de me créer des problèmes, mais j'espère bien savoir un jour.

A part ça, j'ai repris quelques travaux que j'avais faits pour Seconde Vie, histoire de les améliorer, mais l'exposition a été annulée une seconde fois... J'ai également bossé sur Dark Fates, évidemment, et j'ai même ajouté un Wonder Man de mon cru au sommaire de FG6. Je ne vous montre pas encore la version couleur (signée Olivier Pranlong), qui est sacrément belle. 

Et maintenant, que vous dire pour l'avenir ? Vous me retrouverez dans Forgotten Generation 6 à plusieurs postes, comme d'habitude. Je vais aussi publier des webcomics, quand j'arriverai à trouver une plateforme décente (Amilova ne répond plus trop, et c'est bien dommage). Je serai aussi au rendez-vous dans Forgotten Generation Extra, et dans différents défis artistiques. 

Je compte également reprendre un peu le blog en l'axant sur la collection.



PS : ("The Man of Future Past", ça sonne pas mal, je pense que vais adopter ce titre)




“The character of Jenny Everywhere is available for use by anyone, with only one condition. This paragraph must be included in any publication involving Jenny Everywhere, in order that others may use this property as they wish. All rights reversed.”






mardi 30 mars 2021

Mars en BD







mardi 24 décembre 2019

jeudi 11 juillet 2019

Destins obscurs, jours obscurs, dessins obscurs


Voilà maintenant 11 ans et quelques que j'ai crayonné la première planche de Dark Fates. Je ne me souviens plus très bien quel mois c'était, mais c'était bien en l'an 2008.

A l'époque, première BD d'ambition oblige, j'ai voulu me donner moins de travail et dessiner directement au format A5, ce qui, avec le recul, n'est pas l'idée du siècle. Je suis actuellement à l'étroit dans le A4, pour tout dire. Pour ces 20 pages, je savais à peu près où je voulais aller, et ça tombait bien, parce que justement, j'y suis arrivé. Le temps passant, sûrement début 2009, j'ai dessiné le deuxième épisode, en A5, puis commencé le troisième au même format quelques mois plus tard alors que le premier n'était toujours pas publié. Parce que oui, il faut savoir qu'il peut se passer un certain temps entre l'exécution et la publication, parce qu'il y a un tas de problèmes à régler, surtout quand on se lance sans s'y connaître. Et ça m'a coûté un collaborateur.

Par la suite, j'ai ajouté des histoires courtes, mais pour les derniers épisodes, je suis repassé à 20 pages, indispensable pour raconter ce que j'avais en tête. L'épisode 7, "La spirale descendante" (on parle plutôt de "spirale infernale" dans ces cas-là), je l'ai plus ou moins présenté comme une adaptation d'une nouvelle que j'avais écrite en 1999. A l'époque, j'avais une proto-version de Dark Fates sur laquelle j'usais mes crayons sans en sortir vraiment du concret, et l'équipe des Challengers était différente. Claire, Xavier et Juan étaient déjà de la partie, mais il y avait deux autres personnages nommés Victor (un vampire, si je me souviens bien) et Nick (un loup-garou). Les deux morts que l'on voit dans Dark Fates étaient déjà là à l'époque, et étaient imputables à Victor, si mes souvenirs sont bons. En fait, c'est assez confus. Le texte a été écrit sur des cahiers et des feuilles volantes, et il arrivait bien des malheurs à Claire Djarvick, qui rencontrait pas mal de protagonistes de mon proto-univers. Il y avait des passages bizarres, d'autres humoristiques, mais la tonalité était bien dramatique, se concluant par la mort de vous-savez-qui. La conséquence, c'était que les créatures surnaturelles allaient être pourchassées. Mais comme c'était une époque confuse et que je n'ai jamais pris le temps de me poser pour faire UN truc précis (à part cette nouvelle qui occupait mes heures d'étude), l'idée est restée inachevée. En 2002, Ewen Merrick est arrivé dans un deuxième projet sans lien. A partir de là, je vous renvoie à mon interview sur le site d'Arcadia, qui resitue bien les choses : http://arcadiagraphicstudio.blogspot.com/2019/05/interviews-arcadiennes-florian-r-guillon.html

Donc, au final, je n'ai gardé que la moelle de cette histoire, et ai fabriqué le reste avec cet univers que je construisais petit à petit. Il m'a fallu 20 ans pour sortir ça, ce qui est beaucoup, mais il a fallu prendre le temps de mûrir.

Et aujourd'hui, je vois qu'il me reste cinq planches à encrer (et tout à coloriser après) pour achever cette histoire. Une fois tout finalisé, aurai-je enfin mis derrière moi l'adolescent de 14 ans qui bâtissait des univers en ayant grandi trop vite ? Je ne sais pas. En fait, je suis à peu près sûr que de cette période, il me reste encore des choses à tirer. Venomous Girl, par exemple, ou l'exorcisme des années collège.

Créer, c'est un investissement émotionnel. On donne toujours un peu de soi-même, on mise des choses importantes. Enfin, d'une certaine façon. Dark Fates, c'est clairement ça. Je ne suis pas sûr que ce sera le cas si j'écris un jour une reprise d'un titre historique.

Pour dessiner, j'écoute traditionnellement de la musique, mais dernièrement, je me suis découvert un attrait pour les creepypastas et vidéos à contenu horrifique. Après tout, je dessine des monstres et j'essaie de caser des faits paranormaux dans mes BD. Donc, en ce moment, j'écoute pas mal (en fait, c'est un microcosme, puisque les trois bossent souvent ensemble) Mademoiselle McCreepsta, Les histoires de Skull, et ma chouchoute, Daenys Horror Story, que j'ai rencontrée à Bordeaux et que j'espère voir à Poitiers si les organisateurs du Geek Festival veulent bien la convier. Et forcément, à force de les écouter, ça m'inspire, et ça me donne envie de partir sur un nouveau format d'histoire, plus proche de la fiction audio, et de réécrire des nouvelles.

J'ai l'impression que Dark Fates rythme toute ma vie, en fait, en ce moment. Je pense que quand j'en aurai fini avec l'épisode en cours, je prendrai du recul quelques semaines afin de me consacrer à d'autres projets.


jeudi 7 mars 2019

Gentlemen extraordinaires

© Black Coat Press
 Il en faut peu pour m'amener sur de nouveaux terrains. Et souvent, il faut quelque chose qui n'a rien à voir. Pour ce qui nous intéresse ce jour, tout est parti de la mini-série Edge of Spider-Verse, non reprise en librairie, et pour laquelle il fallait donc trouver le Spider-Man Universe sorti à l'époque en kiosques. J'ai épluché les sites marchands, et ai trouvé des prix aberrants, sauf sur Price Minister/Rakuten. Là, j'hésite entre deux exemplaires, et je regarde la boutique du vendeur pour voir ce qu'il a d'autre à proposer pour amortir les frais de port. Et là, je tombe sur Shadowmen. Je me dis "Bon, OK, ça doit être l'équivalent du tome 1 des Hommes de l'ombre, donc des nouvelles avec des personnages antédiluviens, et en anglais. Mais c'est du petit tirage, donc pas facile à trouver à meilleur prix". J'ajoute donc à mon panier. Quelques jours plus tard, je reçois mes deux ouvrages, et - surprise - ce Shadowmen est en réalité une sorte d'encyclopédie de personnages de fiction populaire française. Autrement dit, une mine d'informations à portée de main et sans avoir à supporter la lumière bleue d'un écran.

Arsène Lupin, Fantômas, les Vampires, Rouletabille et tant d'autres, ils sont tous là ! Si ça, ça ne donne pas envie de se replonger dans des vieux bouquins usés par le temps et des vieilles bobines... ben en fait, c'est pas mon trip. Je ne me bats pas pour trouver des éditions anciennes de bouquins, je préfère les supports plus neufs. Je ne suis pas un hipster, qu'importe le flacon, pour moi. Et comme je suis pourvu d'une liseuse qui ne se fabrique plus mais m'a sauvé la vie plus d'une fois dans le train et en festival, je peux lire des ebooks libres de droits de ces vieux romans pas toujours faciles à trouver imprimés. Et si ça m'ennuie, j'ai moins de scrupules à arrêter ma lecture (Judex, je n'ai pas réussi à aller à la fin, le style m'a gavé). Mais bon, je préfère toujours un bon support physique.

Et qu'en est-il de ces personnages populaires ? Force est de constater que la France a quelque peu oublié son patrimoine, et à plus forte raison son patrimoine fantastique. Si Arsène Lupin et le diptyque Le mystère de la chambre jaune/Le parfum de la dame en noir sont toujours assez facilement disponibles et que Fantômas a droit à de nouvelles aventures en BD, les autres grandes figures du siècle dernier n'ont plus fait germer de nouvelles itérations depuis longtemps, hormis des allusions. Mais soulignons bien que le Fantôme de l'opéra n'a jamais été adapté au cinéma en France, c'est un comble.

Notre tâche est donc de se réapproprier ce patrimoine pour lui redonner des couleurs, plutôt que de se couper de cet imaginaire qui n'a rien de honteux.
Irma Vep par moi-même

Arsène Lupin par moi-même

jeudi 7 février 2019

Au Poitiers Geek Festival les 9 et 10 février

Mais c'est dans deux jours ! Oui, bon, je serai donc dans la partie comics, à l'emplacement 37, stand Arcadia Graphic Studio, avec des numéros de Forgotten Generation, Terreur Noire, Anges & Démons, des affiches, des badges et des prints. Et en plus, il y aura aussi une partie du stand dédiée à l'exposition de planches en A3, avec du Dark Fates, du Forgotten Union, du Lord Corlatius, du Steelman, et des couvertures.

C'est au parc des expositions de Poitiers, donc je vous attends nombreux !

mardi 29 janvier 2019

Mustang 2002, ou "l'époque où je voulais faire du petit format"

Alors là, je vous préviens tout de suite, on monte dans la calèche pour une descente du boulevard des souvenirs. Une époque où Internet n'était pas rapide ni omniprésent, une époque où j'habitais à la campagne, où j'allais au lycée, où la Dreamcast était un joyau technologique méprisé. Bref, c'est un temps qui me fait dire que je me fais vieux.

Wampus par José Ladrönn
Il y a eu une époque lointaine où, dans les kiosques, on trouvait plein de petits formats BD avec du western, des tarzanides, du fantastique, du médiéval, etc. Enfin, une époque pas si lointaine, quand même, et pas totalement révolue non plus, puisqu'on dénombre encore les survivants Cap'tain Swing et Akim.

Sauf qu'à l'époque où j'ai eu l'âge d'acheter mes revues en kiosques, les petits formats avaient l'allure de trucs datés, surtout avec l'accroche "Mensuel pour la jeunesse" en page de sommaire, donnant irrémédiablement un air désuet à ces publications bon marché. Bon, je dis ça, mais j'étais quand même curieux. Cela dit, les années 1990 ont été des années creuses pour le petit format : les lecteurs les délaissaient depuis plusieurs années au profit des albums librairies, les éditeurs n'y mettaient plus tellement de moyens et d'intérêt, et la nouveauté n'était pas vraiment là (je crois qu'il n'y a que la série Tex qui a continué d'avoir des inédits jusqu'en 2003). En fait, c'est à partir de l'arrivée de Thierry Mornet chez Semic (1999 ?) que la gamme a repris quelques couleurs, en accueillant des nouveaux artistes dans des "Créazones", et les nouvelles aventures de Zembla, faisant intervenir le personnage d'Ozark (plus vu depuis la période "Sup'héros" de Mustang... en 1981 !), avant de nouvelles aventures également pour Kabur.


Homicron par Steve Rude


Mais ce n'était qu'un début, car en février 2001, c'est avec plus d'ambition que débarque Fantask ! Format plus grand, avec du matériel italien (des inédits de Nathan Never), américain (les histoires courtes de Monkeyman & O'Brien par Arthur Adams), ancien (des extraits de Demain les monstres par Jean-Yves Mitton) et nouveau (Homicron, Fantask Force et Ozark). De quoi changer radicalement la face des Semic Pockets ! Oui, mais voilà, cette nouvelle formule de Fantask ne trouve pas son public, et après 3 numéros bimestriels, un quatrième sort en trimestriel (je l'ai acheté le 11 septembre 2001), et un dernier numéro, le cinquième, sortira en VPC (j'ai mis des années à le choper, et c'est grâce à Reed Man qu'il fait maintenant partie de sa collection) - en réalité, il sera compté comme "spécial", car un cinquième numéro de Fantask est bien sorti en kiosques, mais au format magazine, en couleurs, et sans BD (ça parlait d'Harry Potter).

Rage et déception, tous ces superbes projets se retrouvent le bec dans l'eau. Mais qu'à cela ne tienne, ce sont les Semic Pockets restants qui ouvrent leurs pages et en déploient de nouvelles pour accueillir toutes les nouveautés (même si on a perdu Nathan Never et Monkeyman & O'Brien dans la transition) ! C'est ainsi qu'en mars 2002, Mustang s'enrichit d'Ozark et de Wampus, les deux séries que je décide de suivre. Je découvre donc en même temps les italiens Zagor et Martin Mystère, le premier me gavant assez rapidement (le sidekick bedonnant n'y étant pas pour rien) malgré des idées sympathiques, le deuxième m'emballant réellement avec ses intrigues mystérieuses sur fond de faits ou d'énigmes historiques bien documentés. Un sommaire faisant la part belle au fantastique, aux mondes un peu mystérieux, ça éveille chez moi des envies d'être publié dans cette revue, y compris quand Wampus trouvera sa conclusion et sera remplacé par Dick Demon qui s'intègre thématiquement très bien au sommaire.

Mais arriva septembre 2003 et une terrible annonce : les éditions Bonelli, fournisseur de la plus grande partie du matériel italien des PF, confient leurs droits à un autre éditeur, mettant ainsi en péril l'équilibre économique des Semic Pockets, qui sont donc condamnés à disparaître en décembre 2003 avec des numéros riches en surprises. Non seulement certaines de mes revues régulières disparaissaient, mais d'un point de vue général, c'était aussi un espace de publication potentiel pour de nouveaux artistes qui partait.

Quelques années plus tard, le virus de la création m'a repris pour de bon, et au festival de Ligugé, en 2009, j'ai découvert le fanzine Mad Hatter, petit format noir et blanc bien sympa, et je me suis adressé à leur imprimeur pour faire un format semblable. Donc, quelque part, j'ai quand même fait du petit format... même si ce n'était pas dans Mustang.

Je n'ai jamais abandonné l'idée d'avoir une BD populaire dans le sens premier, c'est-à-dire une BD que chacun pourrait s'acheter, à un prix pas trop élevé, donc accessible. On m'avait fait remarquer, à l'époque, que j'étais plus cher que Grand Dédale, cela dit... Mais bon, 4,90€, ça me semble un prix correct. (et pour ce qui est de Grand Dédale, j'ai vraiment aimé ce que j'en ai lu, reportez-vous donc aux publications de ce blog, et on ne boxait pas dans la même catégorie sur tous les plans. Je déplore vraiment que Gilles n'ait pas pu mener ses plans à bien, mais je ne perds pas espoir de travailler avec lui)

Mais autre chose que je n'ai jamais lâché, c'est Mustang, et alors que je regardais la liste des parutions du passé qui n'ont jamais reparu, je me suis dit qu'il y avait peut-être un coup à jouer. Bon, apparemment, non, mais j'ai quand même ébauché une couverture, à l'époque (2011 ou 2012 ?).



Sentinel, Ewen Merrick, Black Diamond (on va dire 2011)
D'autres ont eu l'envie de ressortir Mustang de l'oubli (des maquettes ont même été faites), mais la marque n'est pas disponible.

Eh oui, ces dernières années (enfin, depuis le début du siècle), nous avons vu resurgir Fantask, Strange, Yuma, Spécial Strange (annulé), Étranges Aventures et Futura. Moi aussi, j'aurais bien envie de ressortir mon vieux titre, parfois. Profiter du prestige d'un nom connu doit être sincèrement grisant. Pouvoir se dire qu'on publie un titre qu'on lisait étant plus jeune, ça doit être une petite fierté.

Mais j'ai Forgotten Generation, et c'est très bien comme ça. J'ai déjà de quoi être grisé et fier, sachant que je suis parti de zéro avec juste un logo qui évoquait Strange. Finalement, pas besoin de reprendre un titre existant.


Quant à savoir ce que j'avais l'intention de publier en 2002, ma mémoire me fait défaut. Je sais qu'il était question de marais et d'ambiances mystiques, mais je ne saurais dire si le projet était abouti au point d'avoir un vrai concept au-delà de "l'homme végétal".