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jeudi 17 novembre 2022

La métaphore du coffre à jouets, nouveau chapitre


La métaphore du coffre à jouets, nouveau chapitre.


Comme vous le savez, j'aime bien mettre la main dans le coffre à jouets qu'offre le domaine public, ce qui ne m'empêche pas de créer mes propres jouets. En général, je mélange très peu les deux, mais des fois...


Prenons le personnage de Die Letzte, tarzanide moderne. Son origine tient en quatre pages (j'ai le storyboard sous la main pour en attester). Problème : les possibilités pour qu'elle évolue seule dans la jungle, sans des amis humains de tribus indigènes vachement roots ou des animaux dont elle aurait appris à parler la langue, sont assez limitées. Car non, si ces ressorts narratifs fonctionnaient il y a un siècle, il n'est pas possible de les réutiliser pour une création du XXIe siècle. Est-ce pour autant la mort de l'imagination ? Non, mais à condition d'utiliser intelligemment d'autres ressources.
C'est là qu'arrive la nécessité d'ouvrir le coffre à jouets public, afin de trouver avec quel autre jouet Die Letzte pourrait interagir dans le but d'enrichir son histoire, en évitant soigneusement de recourir à un imaginaire daté et quelque peu litigieux, au regard des mœurs actuelles (ce qui se comprend tout à fait).


L'imagination, la création, ce n'est pas un processus ex nihilo. Elle se nourrit de nos vies et de nos expériences, et de ce que nous avons vu, entendu et lu. On s'inspire tous de quelque chose, à des degrés divers. Prétendre le contraire serait mentir. Ce qui fait la différence, c'est la façon dont notre imagination traitera les éléments bruts que nous mettons à sa disposition, voire même la vitesse à laquelle elle sera capable de les traiter. Cela ne fonctionne pas à vide. Et plus il y aura de carburant, mieux ça fonctionnera.


Utiliser le coffre à jouets public ne stimule pas forcément l'imagination de la même façon, car ceux-ci sont chargés de beaucoup d'histoires. On peut donc choisir de rester prudemment sur les sentiers battus, comme un hommage, ou bien choisir de s'en éloigner au bout d'un moment. Autrement dit, on peut rester sur le vieux jouet ou bien le faire interagir avec celui qu'on vient de créer. Certaines personnes se sentent plus à l'aise dans l'hommage, d'autres auront tendance à prendre ce qui leur plaît pour créer une histoire qui s'en détache.

Dans mon cas, j'ai pris le parti d'enrichir mes créations en y ajoutant des petites touches empruntées aux histoires qu'il m'arrive de traduire. L'exemple le plus probant est l'inclusion de Ghost Woman dans Dark Fates, officialisée dans la nouvelle "La femme fantôme". Mon idée est d'ajouter une strate complémentaire à une histoire neuve, et non de m'appuyer complètement sur le passé pour raconter mon histoire. Pour autant, hors de question de dénigrer les auteurs qui ne suivent pas ma méthode, puisque je suis très friand de voir à chaque fois ce que les créateurs, qu'ils soient mes amis ou non, peuvent bien faire des jouets bien connus qu'ils ont à leur disposition.

En conclusion, il n'y a pas de bonne ou mauvaise façon de faire : il y a celle qui vous convient. Dans tous les cas, donnez-vous à fond.

vendredi 21 janvier 2022

Les archives secrètes : Venomous Girl (et les affres de la fanfiction)

 

Il est maintenant temps d'aborder mon dernier personnage sur le calendrier de l'Avent. Un personnage "culte" devenu un pilier de Forgotten Generation Extra : Venomous Girl. Et avant que vous ne disiez quoi que ce soit par rapport au dessin présenté, je précise qu'il n'est pas de moi, mais d'Olivier Pranlong (avec des couleurs de Bruno Citrugni, alors chez Yamraj Comics). Pourquoi l'avoir choisi ? Tout simplement parce que j'avais déjà 8 dessins à moi sur le calendrier de l'Avent, et que je ne voulais pas en mettre autant, à la base. Et puis quand on vous gratifie d'une illustration pareille, c'est criminel de ne pas la mettre en valeur.

Venomous Girl, donc, est un personnage que j'ai créé dans la frénésie de l'automne 1998, sous l'impulsion de ma meilleure amie d'alors, qui m'avait incité, par jeu, à faire d'elle une super-héroïne. En un rien de temps, j'avais déjà les premiers personnages, et comme le reste de mes créations d'alors, ça a reposé un petit moment. Il était convenu que Venomous Girl serait la fille d'Ale Celia, clone de Claire Djarvick des Challengers du Macabre, dans le futur de l'univers que je mettais en place. Et ce serait encore le cas au moment où j'ai repris la création, en me disant que Venomous Girl 2000 ferait bon ménage avec Batman Beyond. Parce qu'au printemps 2000, pour la première fois de ma vie, j'étais en contact avec un créatif comme moi. Je peux vous dire qu'au fil des échanges de mails, les idées fusaient, allant même jusqu'à un crossover officieux Venomous Girl/Batman Beyond. Puis je me suis concentré sur un autre projet.

En 2005, je découvrais l'univers de fanfictions Urban Comics, où un de mes nouveaux amis allait publier le Gorille pendant deux ans. Bien décidé à ne pas rester les deux pieds dans le même sabot (bien que j'ignore si cette expression centenaire s'est déjà employée à l'extérieur de Curzay-sur-Vonne), j'ai cherché quel personnage pourrait convenir. Venomous Girl, à l'époque contemporaine, remplissait tous les critères. Et puis, par son lycée, on pouvait même envisager d'intégrer plein de super-héros jeunes façon Smallville (qui a été une grande influence à l'époque, parce que j'aimais bien) pas encore adaptés à Urban Comics. Finalement, je suis passé à la création pure (en réalité, un droit d'inventaire de mon coffre à jouets métaphorique) quand j'ai remarqué la mention que les textes devenaient propriété d'Urban Comics. N'étant pas chaud pour lâcher ma création dans laquelle j'avais mis beaucoup de moi-même, j'ai décidé de ne pas leur proposer mes textes. 

Et la diffusion de Venomous Girl, comment s'est-elle faite, alors ? Par e-mail, tout simplement, jusqu'à l'automne 2006, date à laquelle j'ai ouvert mon espace perso Windows Live sur lequel j'ai bloggé jusqu'en 2009. L'accès était restreint à mes contacts Windows Live, et franchement, je n'en avais pas des tonnes, mais bon, on était entre gens de confiance. J'ai écrit Venomous Girl régulièrement de juillet 2005 à juillet 2007 ; j'étais en saine compétition avec le Gorille, l'écriture de Julien me stimulait... jusqu'à ce qu'il arrête tout. En 2008-2009, on a commencé à parler d'un Forgotten Generation hors série où on publierait des versions révisées du Gorille et de Venomous Girl, avec une conclusion et un crossover. Hélas, c'était la panne sèche pour reprendre l'aventure, et l'expérience de la publication de la nouvelle L'avènement dans Forgotten Generation 1 (que peu de gens ont lue) n'avait pas été concluante. Mais l'idée de terminer Venomous Girl était toujours là.

Quelque temps plus tard, j'ai exporté tous les textes sur InDesign afin de voir ce que ça donnerait en roman. J'ai même fait une rapide maquette, pour dire. Mais en relisant tout ça, je me suis dit que même si j'avais encore un attachement particulier pour Venomous Girl, son univers ne correspondait plus à mon style, et qu'une parution en roman ne serait pas appropriée. Néanmoins, je me suis dit que ces pages avaient quand même besoin de se confronter au public, et la publication de Forgotten Generation Extra m'a conforté dans cette idée.

Quant à la suite des événements, il y a déjà un crossover prévu avec Yamraj Comics qui pourrait permettre de donner l'impulsion nécessaire à une conclusion. 

Et viendra un reboot en BD. Un jour. Quand tout sera prêt. 

jeudi 20 janvier 2022

Les archives secrètes : Orst (ou les vestiges d'un vieil univers)

 

On passe au billet du 20 décembre, et on arrête de parler de Dark Fates. Là, on va parler de choses plus réjouissantes : du super-héros, atlante de surcroît.

Et là, si vous avez bien appris votre leçon, vous conviendrez qu'il s'agit d'un archétype, et donc d'un type de personnage très répandu. Je pourrais vous dire que sa création remonte à septembre 1998, sous l'influence d'Amalgam, avec le personnage d'Aquamariner de la JLX... mais ce serait faux. Et pourtant, j'ai vachement aimé ce personnage, que j'ai toutefois émulé avec la première version de Juan Cazaro de Dark Fates... et encore, je n'y ai touché que du bout des lèvres. Il nous faut aller en 2002 pour trouver les origines d'Orst.

Juin 2002, une période où je me remets au dessin et où je me remets à imaginer un univers super-héroïque. Mais pas avant de m'être dit que "Hum, j'explorerais bien l'univers d'où vient le Tony Stark adolescent de The Crossing." Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans, etc. Bon, ça a quand même été réédité en omnibus. Je me prends donc à faire des plans pour une fanfiction qui intègre de plus en plus de personnages hors Avengers (notamment Wolverine et Jubilé) et même des personnages d'autres maisons d'édition, parce que, hé, je peux me le permettre, car ce ne sera jamais officiel. Et puis est arrivée une question que m'a posée ma sœur, un truc qui peut paraître anodin mais que j'ai fini par adopter comme maxime : "Et pourquoi tu ferais pas ton propre truc ?".

A partir de ce moment-là, exit la fanfiction, je remplace tous les personnages par des créations, et j'ai même un fichier Excel pour tous les nommer. Je me retrouve vite, notamment, avec une équipe à la Justice League, et j'ai des noms pour les membres. Parfois, oui, juste un nom. Rien d'autre. Karl Seemann. Amphibius. Une page blanche, quoi. Et elle le restera jusqu'en 2005.

Juillet 2005. Je me mets à l'écriture de Venomous Girl, et en quête de personnages, j'ai Magdalena Seemann, fille de Karl. Elle est censée avoir un pouvoir d'hydrokinésie, mais elle ne l'a jamais utilisé dans les écrits publiés. Néanmoins, le lien est fait, et le père existe un peu.

2015. Cherchant un récit à faire dessiner à Bruce Cherin, je regarde quels personnages j'ai. J'ai des visions de Norvège et de monstres marins combattus par un homme plutôt âgé. Je me dis que c'est le moment pour Karl Seemann de faire son entrée dans le développement de l'Atlantide d'Arcadia Graphic Studio. Pour autant, avec dans le même univers un prince (Judo Squale) et un régent (Orcan, qui lui, pour le coup, était bel et bien un succédané d'Aquamariner), il fallait un personnage différent, marqué. Et pour son nom, j'ai cherché dans plusieurs langues quelque chose qui fasse exotique, jusqu'à ce que je me décide à chercher un dictionnaire de kobaïen. Orst, le premier. Banco. Avec le bon background qui le lie à Orcan et à la terre ferme, on obtient une bonne variation sur un archétype, tout en développant l'identité de l'Atlantide arcadienne, avec le savoir-faire de Maxime Saint Michel en plus (c'est lui, le garant de la continuité). Je suis fier de cette histoire travaillée avec Maxime et Bruce, et je ne déplore qu'une chose : c'est de ne pas pouvoir réutiliser Orcan. 

Au final, l'univers d'origine n'a été développé officiellement que dans Venomous Girl. Officieusement, il a aussi été développé en 2002 dans le projet Twilight (que je n'ai pas relu depuis très longtemps, mais qui ne doit pas être très agréable pour les yeux, étant donné que c'était du scénario écrit façon nouvelle), et il y a des chances pour que j'en reprenne encore des morceaux à l'avenir, mais moins les archétypes que les relations entre les personnages.


mardi 18 janvier 2022

Les archives secrètes : Claire Djarvick (et les sombres thématiques)

 

Après avoir étudié le billet du 18 décembre avec Xavier Enrikchen, ça tombait sous le sens que celui du 19 décembre soit consacré à Claire Djarvick, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Cependant, j'ai déjà pas mal abordé les Challengers du Macabre dans le billet précédent, donc je vais essayer de ne pas me répéter. 

Retour en 1998. Changement de classe, changement de pas mal de choses, et... premiers émois. Une fille inaccessible au premier abord (bien que plus complexe qu'elle ne semblait l'être), à qui j'ai du mal à parler, mais qu'importe, j'en fais un avatar, Claire Djarvick, dans les Challengers du Macabre, où elle devient, en gros, la mascotte de l'équipe. Cependant, elle aura un rôle beaucoup plus central et tragique dans la nouvelle de 1999. Mais à l'origine, elle devait être clonée, et son clone, Ale Celia, devait donner naissance à la future Venomous Girl quelques années plus tard. Il y avait donc un lien entre les deux projets à l'époque, mais c'était bien tarabiscoté, et il y avait pas mal de private jokes en prime. Et son père, CD Hunter, devait venger sa mort.

Quand j'ai remis Dark Fates sur les rails en 2008, j'ai également repris le personnage de Claire Djarvick, et j'ai dégagé le projet de tout lien avec quoi que ce soit d'autre. Donc plus question d'univers partagé et de super-héros. J'ai conservé les grandes lignes de Claire pour illustrer le deuil et l'abandon. J'ai changé pas mal de choses, mais j'avais encore besoin d'exorciser certains démons. Et quelque part, ce sont ces mêmes démons qui m'ont remis sur la voie du dessin et de Dark Fates en 2006. Un deuil, un traumatisme... c'était 1999 à nouveau. 

J'avais déjà traité un peu du deuil dans Venomous Girl fin 2005. Il fallait que j'aborde à nouveau le sujet pour raconter l'histoire que je voulais raconter. Mon goût pour l'horrifique et le glauque a fini par l'emporter. Les Challengers du Macabre héroïques sans costumes ne sont plus qu'un souvenir au fond de mon coffre à jouets métaphorique. Mais si j'avais développé cette BD à l'époque, d'une manière ou d'une autre, comment le cap de l'été 1999 aurait-il été franchi ? Aurais-je fait la même chose ? L'aurais-je fait en BD ? Les quelques lecteurs auraient-ils suivi ? Avec des si... ben, on peut faire des meubles. Je suis sûr que si j'appliquais la méthode "Et si... ?" à toutes mes créations, j'aurais de quoi alimenter ce blog jusqu'à l'an prochain... et accessoirement, me faire traiter de plagiaire, puisque Marvel le fait depuis 60 ans (et depuis un ou deux ans sur Disney +). Remarquez, chez DC, ils ont les Elseworlds, un concept finalement pas si éloigné que ça, reposant sur des variations plus ou moins poussées de l'univers de base. Mais je digresse.

Pour revenir à Claire Djarvick, elle était brune, à la base. Comme son modèle. Mais à partir du moment où j'avais Zira Ondalli qui était brune pour aller avec ses origines, je me suis dit qu'il fallait une blonde par contraste, comme dans Mulholland Drive. Quant à ses tenues, je me suis inspiré de la mode de 1999-2000, ce qui tombe bien, car c'est dans cette période que j'ai choisi de situer Dark Fates.

Les couleurs du dessin sont l'œuvre de Gaëtan Degasperi. J'espère qu'il va bien. Je mène des recherches actives.

Je pense que ça ira pour aujourd'hui. Le prochain billet est déjà programmé.

lundi 17 janvier 2022

Les archives secrètes : Xavier Enrikchen (et l'ère pré-Internet)

 

On passe maintenant au billet du 18 décembre, sur lequel j'aurai un peu plus de choses à dire, vu que je suis seul maître à bord de Dark Fates.

Donc voilà. Septembre 1998. Judgment Day d'Alan Moore d'un côté. Amalgam II de l'autre. En lisant le premier, j'ai eu une grosse poussée d'inspiration et décidé de créer mon propre univers, que j'espérais étendre avec l'aide de quelques camarades. Vous n'avez jamais eu entendu parler de ça ? Les quelques rares pages de BD (quatre au total, si mes souvenirs sont bons) qui en sont sorties ont disparu, donc c'est normal. Cette période était charnière pour moi, parce que j'étais dans une nouvelle classe, débarrassé de certains éléments perturbateurs, et... je n'étais plus au club journal. Vu que toutes mes idées étaient retoquées pour des prétextes fallacieux, mais en réalité pour cause de vengeance personnelle de la part de l'emploi jeune qui s'occupait du club (elle était en froid avec ma tante). La réalité des petites villes, quoi. Je me suis donc dit que, faute d'avoir un support officiel, j'allais m'en faire un qui le serait moins, quitte à faire les photocopies moi-même. 

Relisez la date : en 1998, nul n'avait encore entendu parler de webcomics, car tout le monde était loin d'être équipé d'un ordinateur en premier lieu, et surtout d'une connexion Internet. De plus, je n'avais pas non plus de scanner. Pas sûr, toutefois, que j'aurais beaucoup plus produit si j'avais été équipé : j'avais trop d'idées et pas assez de bras (je n'en avais que deux). Et je ne connaissais personne qui savait tenir un crayon dans le collège. Donc pas de soutien. Par conséquent, cet univers, je le développais à coups de dessins dans mon cahier.

Le projet qui s'est renforcé avec le temps, c'est Les Challengers du Macabre. Pourquoi ce titre ? Parce que Amalgam II et Challengers of the Fantastic. Et l'idée de ce projet de BD, c'était de faire, à la base, des super-héros sans costumes face à des monstres, des vampires, etc. J'avais Rob Zombie dans les oreilles tous les jours, et le fait d'avoir 13 ans m'avait ouvert à tout un pan culturel que je ne pouvais pas connaître avant, surtout que le phénomène Halloween pointait son nez en France. Et il était aussi fort logique qu'un des personnages des Challengers soit un mec au passé mystérieux, difficile à tuer et armé d'un bâton (je vous laisse deviner les deux personnages qui m'ont inspiré). Et c'est en lisant la BD Fax de Sarajevo de Joe Kubert que j'ai travaillé son passé en ex-Yougoslavie. Xavier Enrikchen est donc né de ce carrefour d'influences. 

Les Challengers du Macabre allaient connaître, en 1999, une nouvelle presque inachevée, que j'écrivais à peu près n'importe quand sur mes moments libres. Ca partait un peu dans tous les sens et ce n'était pas gai. J'ignore où se trouvent ces pages en ce moment, car elles n'ont jamais été numérisées, mais je me suis quand même inspiré de la trame de l'histoire pour deux chapitres de Dark Fates. Il y a eu beaucoup de changements, mais le résultat reste macabre à souhait. Alors non, ça n'a pas été facile à mettre en scène, mais c'était cathartique. Et puis ça a été publié sur du beau papier. C'est commandable sur l'Arcadia Store, Oui, je fais un peu de pub, parce qu'avec le virus qui nous embête depuis deux ans, nos revenus se sont écroulés. 

Bon, toutefois, concernant les Challengers du Macabre, je ne suis pas sûr que vous ayez raté grand-chose, car j'étais assez limité en dessin et en narration à cette époque. De plus, les histoires prévues étaient bordéliques. Mais qui sait ? Peut-être qu'en fin de compte, si j'avais eu du soutien à l'époque pour faire des planches régulièrement, j'aurais pu évoluer petit à petit et gagner un petit cercle de passionnés ? On ne le saura jamais.

Les archives secrètes : Arsinoë Augsburger

 

Retour sur le billet du 17 décembre.

Là, je risque de ne pas avoir grand-chose à dire, étant donné que je ne suis pas le créateur d'Arsinoë. Mais c'est le premier personnage de World Justice que j'ai dessiné, à l'époque où nous parlions du projet avec Sophie Rumo, soit fin 2007, début 2008. 

C'était une période difficile pour moi, car je n'avais que Windows Live Messenger (que tout le monde appelait encore MSN) pour garder le contact avec les gens, étant donné que j'avais fraîchement déménagé et que la plupart de ceux que je connaissais étaient loin de chez moi. J'étais donc plutôt isolé, mais j'avais des conversations très régulières avec Sophie par messagerie instantanée, et ayant vu ses dessins, je me disais qu'elle avait du talent, et qu'ils seraient mieux employés à travailler sur un projet à elle que sur un fancomic Justice League, et qu'ensemble, on pourrait créer un fanzine, avec les autres talents de La Tour Des Héros. On a mis le temps, mais on l'a fait.

Finalement, j'aurais peut-être un peu plus à dire que prévu sur la création de World Justice, mais je préférerais que ce soit sa créatrice qui en parle. De mon point de vue, je crois que j'ai contribué à donner à Arsinoë un pendentif en forme d'éclair, et que le personnage devrait être joué par Kristen Bell - ironiquement, à cette même période, celle-ci a été engagée sur la série Heroes pour jouer Elle Bishop, aux pouvoirs similaires ; ceci dit, les deux personnages se distinguent sur leur personnalité et leur statut. Pourquoi Kristen Bell ? Parce que j'étais à fond sur cette actrice à l'époque, étant très fan de Veronica Mars, et ça transparaissait sur mon premier blog. Elle n'a peut-être pas forcément eu la carrière qu'elle méritait d'avoir au cinéma, mais elle a quand même bien mené sa barque, et j'ai eu grand plaisir à la retrouver dans The Good Place (très bonne série Netflix que je recommande).

Et maintenant, je ne suis que plus impatient de retrouver Arsinoë et son équipe dans de nouvelles aventures, parce qu'il y en a, à raconter !

Les archives secrètes : Smasher (et les archétypes)

 

Dans ce billet, je vais vous narrer la genèse de Smasher, personnage apparu pour la première fois dans Le Temps Des Héros en 2010 et intégré au multivers Arcadia en 2012 avec Esprit Vengeur. Sur le blog Arcadia, c'est le billet du 11 décembre.

Pour cela, il faut remonter à 2001. Pas l'Odyssée de l'espace, mais l'époque où Excalibur n'était pas encore devenue une boutique de jeux lambda ; non, on y trouvait encore des figurines McFarlane et des comic-books en VO. Parmi ceux-ci, l'un me faisait particulièrement de l'œil : Awesome Holiday Special. Pourquoi ? Parce que j'aimais bien l'univers Awesome de Rob Liefeld recréé par Alan Moore. On ne juge pas.

Dans ce numéro, il y avait une histoire de Fighting American dessinée par Rob Liefeld (ou comment continuer sur sa lancée de Captain America) où Spice, la jeune partenaire de Fighting American, combattait le droïde destructeur Smash. Bon, dites-vous à peu près que Fighting American = Captain America, Spice = Rikki "Bucky" Barnes (version robotisée) et Smash = Hulk (avec les couleurs inversées). Je ne sais plus comment ça m'est venu, mais j'ai probablement dû me dire que si Jeph Loeb et Rob Liefeld avaient fait leur Smash, rien ne m'empêchait d'avoir le mien. Et puis m'est venue l'idée d'appairer ce personnage avec un autre concept dérivé, mais cette fois de la licence Digimon (je garde cette histoire pour plus tard).

Bon, il est de notoriété publique que j'ai tout stoppé pendant quelques mois après octobre 2001, donc ce n'est pas allé très loin dans la réflexion. Vint ensuite 2010 où, avec le webcomic Le Temps Des Héros, je me suis amusé à mettre en scène des personnages de mon passé. J'avais besoin d'un super-vilain, et là, mes lectures d'époque m'ont fait réfléchir : on avait d'un côté le Hulk rouge (intelligent et pas tout à fait un super-vilain), et d'un autre côté, on avait Ultimate Hulk (à deux personnalités distinctes, mais avec un organisme adaptatif). Un mélange se crée. Et quitte à pousser les contrastes, autant habiller mon nouvellement nommé Smasher d'une façon très formelle. Comme un agent. Un agent du multivers. L'occasion de retrouver le concept initial qu'il formait avec le prototype de S-Ram, mais surtout d'étoffer tout ça pour ne pas faire du pastiche. 

J'en profite pour ajouter que j'ai eu droit à des remarques désobligeantes de la part de visiteurs et d'internautes concernant le fait que certains personnages que je dessine (ou qu'on a chez Arcadia) ressemblent à des personnages connus. Je me dois de répondre qu'au bout de 90 ans (et même plus dans le contexte de la SF), c'est malheureusement quasiment obligé de retomber sur les mêmes archétypes, et que tous les costumes ont été plus ou moins trouvés. De là, partir d'un archétype connu comme base d'un personnage est quelque chose de très répandu, et tout le monde le fait, même les auteurs de comics les plus acclamés. Tout se joue à l'écriture, au final. C'est ce qui fera l'originalité du personnage par rapport à son archétype, et qui ne vous fera pas dire que Superman, c'est juste Moïse fusionné avec John Carter. Ou que Dragon Ball, c'est juste Superman amalgamé avec le Roi des Singes (pour ça, je recommande le Comic Box HS Spécial Japon de 2001).

jeudi 31 octobre 2019

Dark Fates : 31 octobre (nouvelle)

Bonjour à toutes et à tous, 

Je n'ai pas écrit de nouvelle pour Halloween cette année, du coup je vous partage celle que j'ai écrite l'an dernier pour le blog d'Arcadia Graphic Studio.

Il s'agit d'une version alternative de Dark Fates, où les personnages ont évolué d'une autre façon. Les illustrations sont issues de la session Inktober 2018, à l'exception de la dernière qui a été réalisée spécialement.

Bonne lecture !


31 octobre





31 octobre. Les citrouilles, fantômes et sorcières avaient commencé à envahir timidement les rues de Kaltsee, principalement à l’initiative des commerçants qui avaient vu en cette fête étrangère un moyen de s’assurer une petite manne financière, entre la rentrée des classes et avant la fête de Noël. Mais cette tradition commerciale était marquée, cette année, par l’irruption de véritables visions de cauchemar, quelques mois plus tôt. Pendant la nuit de Walpurgis, les morts s’étaient en effet relevés de leurs tombes, laissant dans leur sillage plusieurs victimes avant de disparaître d’un coup. Les cœurs étaient donc moins à la fête pour se costumer en revenants. Seuls, les plus téméraires auront choisi de vaincre leurs peurs pour s’amuser en incarnant des créatures rejetées par l’enfer, mais la plupart auront préféré opter pour des déguisements plus neutres ou plus drôles.

Cependant, Claire Djarvick goûtait peu cette tradition nouvelle. À vrai dire, elle se tenait à l’écart des rassemblements depuis plusieurs mois, depuis la mort de Xavier Enrikchen, son petit ami, et tout ce que Halloween lui rappelait, c’était le dernier jour d’octobre, la veille de la Toussaint, le jour où l’on fleurit les tombes des êtres chers. Elle se préparait psychologiquement à aller au cimetière, pour se recueillir pour la première fois face à la stèle de son amour disparu, accepter l’inacceptable. En cette fin de journée, elle n’était donc pas d’humeur à aller faire la fête, alors elle avait décidé d’évacuer ses noires pensées à la salle de sport.

Dans le vestiaire bien moins peuplé qu’à l’accoutumée, Claire se rappela les événements des mois passés : comment Joe Gillian était venu chez elle annoncer la nouvelle funeste, comment elle l’avait accueillie, et comment sa vie aurait pu devenir un enfer. Fort heureusement, ses parents l’avaient soutenue du mieux qu’ils le pouvaient, l’aidant à se débarrasser de sa mauvaise hygiène de vie et à pratiquer une activité qui lui faisait du bien. Claire avait donc choisi de s’inscrire à la salle de sport, remplaçant les cigarettes et l’alcool par l’effort soutenu d’une activité sportive. En enfilant sa brassière et son short, elle se disait qu’elle était une toute autre personne, du moins tant que l’effort physique continuait ; c’est pourquoi elle tenait à rester le plus longtemps possible à profiter des installations à sa disposition, afin d’éloigner le moment où elle devrait ressortir et affronter son mal-être.



En sortant du vestiaire, Claire se remémora le chemin qu’elle avait parcouru jusqu’à la salle, et son intrigante rencontre avec Ewen Merrick quelques minutes plus tôt. Elle n’avait pas vu le jeune sorcier depuis des mois, et leur dernière rencontre avait été mouvementée. Claire l’observa de loin : il paraissait confus et désespéré. Quand il fut enfin à sa hauteur, il l’interpella maladroitement. « Zira n’est pas rentrée depuis deux jours », lâcha-t-il au bout de quelques secondes. Le nom de Zira Ondalli faisait ressurgir des souvenirs dans la tête de Claire, des souvenirs peu flatteurs. Elle se souvenait d’une jeune femme agressive envers Xavier, et à la personnalité moins positive que ce qu’elle laissait entendre d’elle à la radio. Elles ne s’étaient d’ailleurs plus parlé depuis la mort de Xavier, Claire ayant décidé de couper les ponts délibérément, et Zira n’ayant pas essayé de renouer le contact de son côté. Pourtant, à voir Ewen aussi désemparé, elle eut de la peine pour lui, et commença à s’inquiéter pour Zira.

Dans la salle, l’affluence était maigre. Peut-être que les habitués avaient décidé de célébrer Halloween en famille plutôt que de s’entraîner ?

Deux heures passèrent. Dehors, la nuit était tombée, et plusieurs personnes avaient déjà quitté la salle. Claire fit une pause pour boire un peu d’eau. À ce moment, elle s’aperçut qu’un homme complètement hagard était entré. Il se tenait sur le pas de la porte quand un des entraîneurs finit par s’approcher de lui, lui demandant ce qu’il voulait. Il y eut une seconde pendant laquelle l’homme hagard se figea complètement, puis sauta à la gorge de l’entraîneur. Deux autres hommes entrèrent pendant que le premier buvait goulûment le sang de sa victime, mais eux avaient l’air plus alertes et avaient leurs yeux injectés de sang dirigés vers les quelques personnes qui s’entraînaient dans la salle, et ils commençaient à se précipiter vers leurs proies.

Nul ne semblait en croire ses yeux, mais le mot fut lâché : vampire. Il était impossible qu’il s’agît d’une mise en scène d’Halloween, et si la nuit de Walpurgis avait bien démontré une chose, c’était que l’incroyable et l’impossible faisaient désormais partie du quotidien. Quand une femme – un vampire - entra à son tour dans la salle de sport, la panique gagna tout le monde. Claire, elle, était miraculeusement hors du champ de vision des vampires, et en profita pour gagner la sortie de secours. À peine à l’air libre, elle se mit à courir droit devant elle, remarquant à peine les corps sans vie qui gisaient le long de la rue.

Filant aussi vite qu’elle le pouvait, elle se rendit compte qu’elle passait dans une rue qui lui était familière, au bout de laquelle se trouvait le magasin « El Marino », tenu par Juan Cazaro, qui avait hébergé Xavier pendant des mois. La pensée de revoir l’antipathique vendeur rassura pourtant Claire, qui se précipita dans la boutique. Les lumières étaient éteintes, et une odeur pestilentielle flottait. Dans l’obscurité, Claire devina deux corps étendus sur le sol, qu’elle enjamba pour accéder aux interrupteurs derrière le comptoir. Le magasin fut éclairé en quelques secondes. Les corps sur le sol étaient ceux de deux femmes. Claire observa autour d’elle afin de voir si Juan était encore dans les parages, mais elle comprit vite que la masse sombre qu’elle avait vue dans le noir n’était autre que le corps exsangue de l’Espagnol, qui s’était battu jusqu’à la fin. Claire porta la main à son cœur, une façon de rendre un dernier hommage à cet homme qu’elle n’avait jamais aimé, et réciproquement, avant de fouiller derrière le comptoir à la recherche de tout ce qui pourrait lui être utile. Elle s’empara d’un sac et y glissa le long couteau de Juan, ainsi que des fusées éclairantes et un pieu qu’elle eut du mal à extirper du cœur d’un des cadavres de vampires.

Claire pensa alors à ses parents, et se dit qu’elle devrait essayer de les rejoindre. Mais la maison était trop loin, et elle avait une dernière halte à faire qui pouvait remettre les choses dans l’ordre. L’appartement que partageaient Zira Ondalli et Ewen Merrick n’était pas si loin, et c’était peut-être la seule chance pour la ville de Kaltsee de ne pas céder à l’emprise des vampires.





À nouveau une course rapide, et Claire fut devant la porte. Elle prit quelques secondes pour reprendre son souffle, puis entra sans sonner. Seule, une petite lampe éclairait la pièce de vie… et la silhouette d’une femme.

« Claire ? C’est toi ? » demanda-t-elle.

Cette voix ne lui était pas inconnue ; au contraire, elle était reconnue de toute la ville pour son émission qui apportait des conseils et un peu de baume au cœur de nombreux jeunes et moins jeunes. Claire se risqua donc à répondre :

« Oui. Zira, c’est toi ? Ewen m’a dit que tu avais disparu.

La silhouette se déplaça dans la lumière, et Claire comprit immédiatement pourquoi elle ne l’avait pas reconnue : Zira portait un corset et une longue jupe dévoilant sa jambe gauche gainée d’un bas en résille. Sa coiffure elle-même était différente, plus sophistiquée. Claire avait toujours considéré l’habillement de Zira sans aucun goût, aussi la voir ainsi parée la rendait méconnaissable à ses yeux.


- C’est moi, lui dit-elle sobrement. Je suis revenue.

- Quelle incroyable transformation, souffla Claire.

- N’est-ce pas ? (Zira fit une pause) Oh, tu parles de mes habits ? J’en ai toujours rêvé. »

Elle fit un tour sur elle-même, faisant virevolter sa jupe.

«  Une deuxième vie, ça change tout », reprit-elle.

À ce moment, Claire contempla ses yeux : ils étaient injectés de sang. Comme si Zira avait anticipé la question, elle répondit :

«  Oui, j’en suis une. Tu ne te doutes pas à quel point c’est libérateur. »

Claire plongea la main dans le sac pour s’emparer du pieu, tandis que Zira continuait :

« Je me suis déjà nourrie ce soir. Je suis repue. Tu peux donc partir tranquille… ou nous rejoindre ! »

À ces mots, Zira fondit sur Claire, qui sortit hâtivement le pieu du sac et frappa la vampire à la tempe. Profitant du fait que son adversaire devenait chancelante, Claire prit la fuite, oubliant le sac dans sa hâte. Elle se mit à courir vers les bois sans regarder en arrière. Elle était désorientée, et plus rien ne comptait à présent qu’échapper à la créature qu’était devenue Zira Ondalli. Hors d’haleine, elle finit par s’effondrer derrière un arbre. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre son souffle et ses esprits. Qu’est-ce qui avait fait de Zira un vampire ? Avait-elle tué Ewen Merrick ? Et si… ? L’espace d’un instant, elle eut une révélation : et si Xavier était aussi devenu un vampire ? Il serait sans doute venu chercher Claire, ou…

À mesure que ses tympans ne faisaient plus résonner son pouls, elle commençait à mieux appréhender son environnement : à une dizaine de mètres devant elle, elle pouvait entendre le léger bruissement de l’eau de la rivière, rivière qu’elle voyait de manière assez distincte. Les bois, étrangement, étaient silencieux, comme avant une tempête. Pendant quelques secondes, Claire retrouva son calme, comme si son coup de frayeur n’avait pas eu de cause sérieuse ; mais ce calme fut vite rompu par des pas dans les feuilles desséchées, à quelques mètres derrière elle. 



« Inutile de te cacher », retentit la voix de Zira. « Je sens parfaitement ton odeur. »

Claire sentit son pouls s’accélérer. Serrant le pieu dans son poing, elle se redressa contre l’arbre. Elle prit une longue inspiration, puis sortit de sa cachette.

Zira semblait encore toute fraîche, comme si elle n’avait fait aucun effort pour rejoindre sa victime. Sa poitrine, mise en valeur par son corset, ne se soulevait absolument pas. Claire, elle, luttait pour tenir debout malgré ses jambes flageolantes. Finalement, elle brandit son pieu en avant, résignée, en lâchant « Je te préférais quand tu étais dans la radio, Zira ! » pour se donner du courage.

Le combat qui s’ensuivit était déloyal. Claire, transie de peur, devait se battre contre une Zira en parfaite possession de ses moyens, et dont la nouvelle nature vampirique l’avait dotée de nouvelles capacités qui l’élevaient au-dessus de la condition humaine. Pendant plusieurs minutes, Claire reçut plusieurs coups assénés avec le plus grand des calmes, mais elle trouva toutefois la force de se relever à chaque fois. Elle réussit à porter elle-même plusieurs coups de pieu à son adversaire, mais jamais au bon endroit ni avec assez de force. Mais au bout de trop nombreux coups portés à sa tête, Claire finit par ne plus être capable de se relever.

Zira se pencha sur sa proie, la bouche grande ouverte sur des crocs qui n’attendaient que de plonger dans une jugulaire. Cette fois, aucun discours ne venait se poser en prélude, il ne restait que l’envie primaire de tuer. Claire sentit sa tête tourner alors que les dents acérées commençaient à toucher sa chair. Elle était perdue, elle se sentait déjà partir quand elle entendit une voix criant des mots qu’elle ne reconnaissait pas, mais qui étaient en réalité issus d’une langue très ancienne. Un bruit sourd accompagna une explosion liquide et visqueuse qui lui macula le visage et la poitrine.

Les crocs n’avaient pas pénétré sa chair, et Claire, abasourdie, vit s’effondrer le corps désormais sans tête et sanguinolent de Zira. Elle remarqua aussi une silhouette s’avancer vers elle et lui tendre la main. Le sceptre qui était dans l’autre eut un effet rassurant sur Claire.

« Ewen ! »

Celui-ci, dos au clair de lune, mit quelques secondes avant de répondre :

« Oui, c’est bien moi. C’est terminé pour elle, à présent. »

Claire prit la main de son sauveur et se redressa, les fluides de Zira coulant de sa brassière jusqu’à son nombril. Elle s’essuya tant bien que mal, mais elle savait qu’elle avait devoir prendre de longs bains pour se débarrasser du sang et de la sensation désagréable de la cervelle sur sa peau.

Ensemble, ils marchèrent main dans la main jusqu’à rejoindre la route. La lune éblouissait Claire, qui se tourna alors vers Ewen. Levant la tête, elle le trouva étrangement calme. Voyant qu’elle s’arrêtait, Ewen regarda Claire dont le visage passa alors au blanc.

« Ewen ! Tes yeux ! »

En guise de réponse, il resserra sa poigne et se pencha vers elle.

mercredi 12 novembre 2014

La rentrée du 22 octobre


Il est bel et bien arrivé, tout beau, tout frais ! On en a bavé des ronds de chapeau, mais ça en valait la peine ! L'ennui, c'est juste qu'on décaler le prochain à janvier, mais bon...

Comme je suis grand et magnanime, je vous offre la page de résumé de Dark Fates en cadeau.
Voilà, maintenant vous pouvez démarrer ce nouveau cycle en toute sécurité, ce qui ne vous empêche nullement d'acheter les anciens numéros tant qu'ils sont encore disponibles sur l'Arcadia Store.

Et un petit jeu : un personnage Marvel se cache dans une image de la page de résumé. Saurez-vous l'identifier ?

Question bonus : un personnage de l'adaptation ciné d'une BD très violente est présent sur la version complète d'une autre image. Trouverez-vous ?

Oui, il y a peut-être quelque chose à gagner...

vendredi 2 mai 2014

Dark Fates : la B.O. (ou presque)


Il est un aspect important de la création chez moi : la multiplicité des sources. Le déclic créatif part de n'importe quel endroit ou de n'importe quel support... y compris non visuel. La musique est donc partie prenante de la création.

Il ne s'agit pas vraiment d'écouter de la musique au hasard. Ce n'est pas en allumant la radio sur F* Radio (la seule que je capte dans la voiture parce que le bouton est cassé - mais en réalité, cette station est formatée comme beaucoup des plus populaires, comme Skirap, alors j'ai débranché l'antenne sans une once de regret, parce que c'est le son qu'on m'impose déjà dans les supermarchés et ailleurs) que je peux me lancer dans la création. Il faut un ou plusieurs éléments :

1) Des paroles suffisamment bien écrites, avec des métaphores ou une histoire que je peux visualiser dans ma tête. Le style importe peu : Richard Wagner, Ice Cube, Blankass, Johnny Cash, Rammstein, Julee Cruise, Therion, tout est bon à prendre. Faut pas être sectaire, la curiosité n'est pas un vilain défaut, et elle est même la meilleure amie de l'artiste. En plus, avec Internet, c'est super facile d'écouter tout ce qu'on peut chercher. Et décortiquer des paroles de chansons en bonus.

2) Une ambiance musicale forte. Là, on rejoint un peu le concept des paroles : les images doivent affluer. Quand je parle d'ambiance, ça signifie une émotion portée, et là aussi, le style importe peu, mais je risque de me répéter. L'esprit est un parachute.

3) Une isolation idéale pour lancer toutes les idées sur le papier (ou le clavier). Oui, ça nécessite aussi des conditions d'écoute optimale. S'asseoir chez soi en mettant un disque sur la chaîne hi-fi est ce qu'il y a de mieux. Être assis devant son PC à écouter de la musique dont la source est moins top, c'est un peu moins bien, mais des fois on ne peut pas choisir. J'ajouterai aussi les longs trajets en train avec un baladeur, dans ce cas. C'est pas en discutant avec le voisin que les conditions seront optimales, pour sûr. Mais après, ça dépend de ce qu'on veut.

Voilà, c'est un début. Maintenant, il est parfois possible de compiler précisément les morceaux qui aident au déclic créatif. Mais dans mon cas précis, j'ai décidé d'aborder le truc sous un angle différent, parce que je veux partager justement la bande sonore.

Celle de Dark Fates, pour ainsi dire. Vous savez, le plus ensorcelé des french comics, qui tient de David Lynch et des fumetti ? Publié par Arcadia Graphic Studio dans le magazine Forgotten Generation ? Oui, celui-là précisément. Tout à fait.

N'ayant aucunement les droits pour des chansons de Blue Öyster Cult directement liées au concept de la BD, j'ai opté pour des artistes dont l’œuvre est sous licence libre, et j'ai donc fait une compilation gratuitement téléchargeable de titres pour vous plonger dans l'ambiance des aventures initiatiques d'Ewen Merrick. Tout cela est bien sûr légal, grâce au site Jamendo qui est une plate-forme géniale pour tous les amateurs de musique. 


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samedi 4 janvier 2014

Carte de voeux 2014


Que 2014 soit l'année d'encore plus de rencontres, de dédicaces et de nouveaux lecteurs, sans oublier la fortune pour publier plus de BD et la santé pour en faire encore plus !

lundi 4 novembre 2013

Prose : Dark Fates - L'enterrement

http://arcadiagraphicstudio.blogspot.fr/

DARK FATES

L'enterrement

par Florian R. Guillon

Un vent glacial faisait frissonner les rares feuilles qui s'accrochaient encore à leurs branches et les corps protégés d'un manteau noir de circonstance, alors que la procession s'engouffrait dans l'entrée du cimetière. Le mois d'octobre était bel et bien entamé, et en son treizième jour, l'automne avait déjà bien pris ses quartiers. Derrière le corbillard, Joe Gillian leva un instant des yeux sans expression vers l'arbre le plus proche, qui lui semblait avoir attendu ce moment exact pour perdre sa dernière feuille et ainsi offrir au jeune homme le spectacle presque inconvenant de sa nudité squelettique, comme une façon de rendre grotesque la cérémonie de mise en terre qui allait commencer. L'âme de poète du jeune Joe aurait apprécié l'ironie de la situation en d'autres temps, mais son regard se détourna pour retourner se poser sur le cercueil verni devant lui. Après tout, c'était son père que Joe Gillian enterrait en ce jour.

Sir John Philip Robert Gillian était décédé quelques jours plus tôt, et son fils unique pensait qu'il lui arriverait bientôt la même chose si le prêtre continuait à rabâcher le même discours déjà tant prononcé et paraphrasé durant l'office religieux. Pendant toutes ces heures, Joe était resté patient, faisant semblant d'écouter les déclarations des nombreux – très nombreux – intervenants qui s'étaient succédé à l'église. Tous, du plus humble au plus aisé, y allaient de leur bon mot sur Sir John, comment il était un bon ami, un fervent chrétien, un palais raffiné... Toutes ces interventions mises bout à bout, il devenait possible de reconstituer la biographie du patriarche, depuis sa naissance en 1910 jusqu'à la perte de sa première femme, Theresa Louise Gillian née Wilhem, morte en accouchant d'une petite fille morte-née en 1945, période où celui qui n'était pas encore Sir John reçut une révélation divine et se mit à voyager par le monde pendant une décennie entière, ne revenant dans le domaine familial de Lake Gillian que pour succéder à son père et utiliser sa fortune pour fonder son cabinet d'expertise qui se révéla d'une grande utilité pour le peuple... et pour accroître un patrimoine pécuniaire déjà conséquent. Puis John attendit l'anoblissement par la Reine en 1956 pour demander en mariage Ellen Andrews, qui lui donna un fils trois ans plus tard : Josapha John Louis Gillian. Depuis cette époque, Sir John n'avait plus quitté qu'occasionnellement son domaine et sa famille, où la mort vint le prendre en cette année 1981.

L'oreille distraite, Joe s'était réfugié dans ses pensées pour constater qu'il risquait de mourir d'un ennui pire que celui de son père s'il devait encore supporter les ritournelles de tous ces gens que la famille avait côtoyés au fil des ans, et savourait secrètement le sens de l'humour du destin. Comment, en effet, mourir d'une bête pneumonie alors qu'on avait déjà affronté des choses bien plus mortelles et inexplicables ?

Puis vint le moment fatidique : le curé se tut, et le cercueil de bois descendit en terre, scellé bientôt sous une lourde dalle. Derniers recueillements en silence, puis chacun ressortit tout aussi silencieusement du cimetière, attendant le prochain convive afin d'offrir ou d'obtenir quelques mots de réconfort. Joe et sa mère furent les derniers à quitter la tombe. Ellen, sous son voile noir, ne put s'empêcher de murmurer à l'oreille de son fils : « Dire que bientôt, c'est là que j'irai le rejoindre... » Ne sachant quoi répondre, Joe passa son bras autour de ses épaules et la conduisit lentement vers la sortie, le temps d'apercevoir du coin de l’œil qu'un homme habillé de marron les observait de loin. Ces journalistes n'ont donc aucun respect, pensa Joe en plissant les yeux vers l'inconnu.

Sitôt sortis, Joe et sa mère furent encerclés par la famille lointaine, les amis, les amis des amis, les curieux et même quelques « clients satisfaits ». Les héritiers du domaine Gillian se retrouvèrent vite accablés de conseils, de mots rassurants et même de cartes de visite de personnes « joignables à toute heure, pour n'importe quelle raison ». Ellen Gillian prit soin de remercier chacun, tandis que Joe se contentait de marmonner en se demandant si ces gens n'allaient pas en profiter ensuite pour leur extorquer de l'argent ou des services. Il n'avait cependant pas le courage ni l'envie de les envoyer paître, et son seul souhait était d'en finir avec cette journée au plus vite, à tel point qu'il ne fit aucune remarque désobligeante à ce journaliste qui prenait des notes dans son calepin pendant que l'ambiance était aux larmes. Tout ce qui l'importait, c'était de rentrer au domaine familial et de fermer les yeux en étant affalé sur quoi que ce fût d'assez confortable.





La nuit tomba, et Joe put enfin apprécier son moment de calme une fois rentré à Lake Gillian. Il était étendu sur le lit, dans la chambre qu'il avait occupée depuis son enfance jusqu'à ses études, dans le noir total. La question qui lui vint était de savoir si son père ressentait la même chose sous terre ; une interrogation qu'il chassa bien vite de son cerveau en s'efforçant de fermer les yeux, avec l'espoir que le sommeil l'emporterait rapidement loin de cette affreuse journée qu'il venait de vivre. Il resta ainsi deux heures avant que la sonnette de la porte d'entrée ne vînt le ramener à la réalité. Il s'assit à contrecœur sur le lit quand il entendit sa mère ouvrir. Joe se rendit compte après quelques minutes que le visiteur était bien entré, puisque sa voix (masculine) retentissait entre les murs de la cuisine pour se propager jusqu'à la chambre du premier étage. Après un quart d'heure de tergiversation et la prise de conscience qu'il n'arriverait ni à entendre, ni à dormir en restant sur le lit, le jeune héritier descendit lentement les escaliers pour arriver jusqu'à la cuisine où il put mettre un visage sur la voix du visiteur : c'était l'inconnu du cimetière.

Ce fut Ellen qui parla la première, d'un ton fatigué :

« Josapha, nous ne voulions pas te déranger, tu sais. Nous avons un invité...

- Je me nomme Corlatius, la coupa le visiteur en levant la tête de sa tasse de thé vers Joe. Lord Corlatius.

- Lord Corlatius était un ami de ton père, reprit madame Gillian. Il devait nous faire part de quelque chose d'important dès ce soir.

Bien que circonspect, le jeune Joe tendit la main vers celle du Lord, avec toute la politesse feinte qui sied à un homme de bonne société. Il en profita pour dévisager cet étrange invité : qui pouvait prétendre à la noblesse en portant cet imperméable à l'usure visible, et sans s'en dévêtir en intérieur en sus ? Mais ce détail n'était pas le moindre, puisque sur le crâne de l'individu, des cheveux gris semblaient se battre, son visage était incontestablement mal rasé, et surmonté de lunettes mal entretenues. De même, les vêtements que portait ce soi-disant noble – un costume-cravate froissé – ne reflétaient en rien la mise d'un homme de haut rang. Mais Joe fit mine de ne s'apercevoir de rien et s'attabla face à lui.

- Je sais bien que j'arrive au mauvais moment, jeune monsieur Gillian, reprit Corlatius. Ou dois-je vous appeler Josapha ?

- Je préfère qu'on m'appelle tout simplement Joe.

- Et voilà que ça recommence... soupira sa mère avec une lassitude bien ancrée.

- Je suis désolé, mère, mais je trouve que mon prénom n'est pas franchement beau... Et puis personne n'arrive à le prononcer correctement, alors à quoi bon ?

- Tête de bois...

Si Lord Corlatius était amusé par l'incongruité de cette situation, il eut la décence de n'en rien laisser paraître.

- Excusez-moi, lança-t-il gentiment pour les interrompre. Je ne souhaite pas vous importuner longtemps, aussi j'ai besoin de toute votre attention.

- C'est vrai, répondit rapidement Joe comme pour faire taire sa mère. Vous étiez donc un ami de mon père, c'est ça ?

- C'est exact. Je l'ai aidé il y a déjà quelques années, lors de la fondation du Cabinet d'Expertises Gillian. A vrai dire, j'en suis même un co-fondateur anonyme.

- Voyez-vous ça...

- Non, je ne suis pas venu pour réclamer quoi que ce soit. A part un service que votre défunt père me devait, et qui vous incombe maintenant à vous.

- Je ne sais pas si ça m'est possible. Pourquoi vous ne demandez pas à ses plus proches collaborateurs ? Monsieur Fernandez est facilement joignable à son hôtel, c'est à cinq kilomètres d'ici. Il ne rentrera que dans deux jours en Espagne.

- C'est vous qu'il me faut, parce que c'est vous qui habitez cette maison. Vous devez me confier un artefact que votre père conserve ici.

- Quel artefact ?

- Je le sentirai quand je le trouverai. »

Joe se pencha en arrière sur sa chaise tout en croisant les bras. Ce Lord Corlatius était quelqu'un de suspect, plus encore qu'un journaliste, et ce nom d'emprunt dont l'adéquation avec sa personnalité laissait songeur, cela faisait beaucoup trop d'un coup. Un homme comme ça n'aurait pas pu être ami avec son père, et ne se serait jamais présenté lors de son enterrement avec un imperméable marron et un stetson râpé (que Joe avait réussi à distinguer sous le bras de son propriétaire) de la même couleur.

« Je veux bien vous aider, lança finalement le jeune après s'être accordé le temps de la réflexion. Cependant, il nous faudra attendre demain, puisque notre petit entrepôt est sens dessus-dessous depuis que père a commencé à perdre ses forces. Il me faudra ranger et vérifier l'inventaire.

- Très bien, je repasserai demain à onze heures, si cela vous convient, se décida à prononcer le Lord en se levant de sa chaise. Merci, et inutile de me raccompagner, vous avez mieux à faire. »

Joe était intrigué par ce « mieux à faire » à double sens. Cela pouvait tout aussi bien dire porter le deuil de l'être mis en terre quelques heures auparavant – ou une injonction à se mettre au travail le plus tôt possible. Dans tous les cas, ce Lord Corlatius manquait de sympathie.

Une demi-heure plus tard, quelqu'un d'autre sonna à la porte. Joe lui ouvrit lui-même, sachant qu'il avait spécialement appelé ce visiteur à la rescousse. Pilar Fernandez avait gardé le même accoutrement que lors de l'enterrement, ce costume-cravate trop serré sur sa silhouette bedonnante qui lui donnait l'air d'un commercial trop porté sur les déjeuners de travail. Deux détails trahissaient une négligence dans son apparence : ses cheveux décoiffés par le fauteuil dans lequel il s'était assoupi, et la paire de vieilles baskets qu'il portait aux pieds pour évacuer la douleur des souliers qu'il avait portés toute la journée. Mais Joe ne pouvait pas s'offusquer d'une telle chose de la part d'un véritable ami de la famille, qui comprit très vite que la nuit allait être longue.

Trois heures plus tard, tous deux étaient enfermés dans le bureau de feu Sir John qu'ils avaient mis à sac. La moquette était couverte de dossiers et de feuilles volantes sur lesquels chacun faisait extrêmement attention à ne pas glisser, un exercice de plus en plus difficile à mesure que la nuit avançait.

« Bon, on a déjà deux-trois trucs, je vais pouvoir faire une pause, dit le quinquagénaire espagnol en se laissant tomber contre la porte du bureau.

- Ouais, mais il manque encore le principal.

- Tu te rends compte que c'est toi qui vas devoir ramasser tout ça, Jojo ?

- Pilou, si c'est moi qui dois reprendre l'affaire, autant que ce soit mon propre rangement, non ?

- Ouais, mais John... paix à son âme... était méticuleux. Toi, pour ce que je m'en souviens, tu as pris du côté de ta mère.

- Si tu t'inquiètes tant pour la santé du cabinet, je peux aussi bien te virer dès que la succession est effective.

- Parce que tu veux vraiment prendre la suite de ton père ? Je me souviens que vous arrêtiez pas de vous engueuler à cause de ça, parce que lui voulait et toi pas.

- J'ai réfléchi, et... Bon, tu sais ce que je pense de mon père, hein. Mais je pense que prendre le flambeau quelque temps serait pas mal, le temps de trouver quelqu'un de qualifié.

- Fais gaffe, on est dans un milieu où il est difficile de distinguer les gens qualifiés des opportunistes et des charlatans, tu sais... »



Le silence se fit pendant les deux heures suivantes, alors que Joe et Pilar commençaient à piquer du nez. Le quinquagénaire s'accrocha à la table du bureau pour étaler quelques dossiers.

« On va faire le point. Ton père conservait pas mal de trucs, tu te souviens de cette main courante qu'il avait pour noter ce qu'il pouvait pas approfondir sur le moment ? Il a relevé cinq occurrences d'un homme avec un imperméable marron et un chapeau de cow-boy : une à Séville en 1951, une autre à Deliah Hill en 1971, une à Lusignan en 1972, et deux aux alentours de Lake Gillian en 1976 et 1980.

- Et ça nous apporte quoi ? C'est pas sûr que ce soit le même type.

- Celui de 1951 a disparu d'un coup, on l'a vu tous les deux avec ton père, je m'en souviens. Mais j'ai pas cherché plus loin, à vrai dire. Et les autres fois, ton père était tout seul.

- Attends... J'y étais, à Deliah Hill. Et je me souviens pas d'un mec comme ça. En revanche, je me souviens que...

- Oui, que ton père t'a engueulé comme du poisson pourri parce que tu jouais à touche-pipi avec une des villageoises. Crois-moi, j'en ai entendu parler aussi. Mais c'est pas le sujet. Regarde ça.

Pilar avait ouvert sur le bureau un dossier annoté « Apparitions » où s'entassaient des coupures de journaux remontant jusqu'au début du siècle. Joe fixa son interlocuteur :

- Tu viens m'apporter la preuve que le vieux pouvait être bordélique ?

- Non, regarde les notes sur les coupures. On retrouve une silhouette sur pas mal de photos qui pourrait bien être ton Lord. Et si tu couples avec ça...

- Attends, c'est tout à propos du même type ? Ça veut dire...

- Ce que ça veut dire, c'est que ton Lord semble apparaître à différents moments de l'histoire, toujours en lien avec des affaires sordides. Je crois même qu'il est apparu dans un ou deux rapports de mon cabinet, en Espagne. On est en plein dans le paranormal. »

Le mot était lâché. L'affaire de Sir John Gillian avait beau être florissante, elle provoquait une certaine gêne, et jamais il n'employait le terme « paranormal ». De cette façon, sa crédibilité avait été sauvegardée, et peu de gens l'avaient jusqu'ici considéré comme fou. Joe n'avait pas encore pris officiellement la relève de son défunt père qu'il était déjà sur la brèche, et il comptait bien résoudre mettre un terme à cette étrange affaire.

« La question n'est pas là, fit remarquer Joe. Nous n'avons pas le temps de savoir quel genre d'homme c'est... s'il s'agit d'un homme. La vraie question, c'est ce qu'il veut aux affaires de mon père en particulier.

- La réponse se trouve sûrement dans la chambre forte. »

Terrassés par le sommeil, Joe Gillian et Pilar Fernandez se mirent en marche non sans mal et descendirent les escaliers qui menaient à la chambre forte. Joe avait pour coutume d'appeler cet endroit « le Saint des Saints », ce qui avait pour conséquence – et but avoué – de faire enrager son père qui n'aimait que l'on tourne la religion en dérision.

La lourde porte ouverte, les lumières s'allumèrent timidement dans les petites rangées. L'endroit ressemblait presque à une bibliothèque, sauf que les livres étaient ici remplacés par des objets des plus divers : couronnes de cheveux, poupées ensorcelées, poignées de porte rouillées, moulages de curieuses empreintes... Un vrai bric-à-brac moderne dans lequel on ne pouvait trouver que des choses pittoresques et inutiles en l'état, toutes étiquetées par numéro de dossier et par année. Seule une étagère au fond de la pièce portait des objets qui n'avaient pas de numéros.

« La seule chose qui correspond, c'est cette espèce de boîte scellée, remarqua Pilar.

- Qu'est-ce qu'on en fait ?

- On l'emmène. Après, c'est toi qui vois. »



A onze heures du matin très précisément, la sonnette de la maison de Lake Gillian retentit. Lord Corlatius n'attendit pas qu'on vînt lui ouvrir et entra pour trouver les occupants de la demeure dans la cuisine. Comme pour signifier les bonnes manières, il avait déjà ôté son chapeau, mais Ellen, Joe et Pilar, fatigués comme ils étaient, ne firent pas mine de réagir. Néanmoins, Joe se leva de sa chaise et fit signe à Corlatius de s'asseoir.

« Grande nouvelle : nous avons retrouvé ce qui est à vous. La grande question est : on en fait quoi ?

Lord Corlatius écarquilla les yeux : comment était-ce possible ? Il avait compté sur la crédulité et l'inexpérience de son hôte, mais il l'avait, de toute évidence, bien mal jugé.

- Je connais votre histoire, monsieur le Lord, reprit Joe Gillian avec un air légèrement courroucé. A chaque fois que vous apparaissez, vous laissez des morts dans votre sillage – et je ne parle que de ceux qu'on retrouve. Alors vous allez répondre à ma question : pourquoi ?

- Pourquoi j'ai fait tout ça ? Pourquoi j'ai besoin de retrouver la boîte ? Le fait que vous soyez ici prouve bien que vous ne l'avez pas utilisée et que vous ignorez totalement ce qu'elle est !

Voyant son invité commencer à s'agiter, Joe s'empara de la carabine modifiée qu'il avait posée à côté de lui et la pointa sur Corlatius.

- Vous feriez bien de garder votre calme. Mon père a réussi à abattre un loup-garou avec pour seule arme un vieux tromblon qu'il avait chargé avec une fourchette. Maintenant, on a de vraies bonnes armes et le vieux m'a bien entraîné pour que je lui succède. Alors mouftez pas ou je vous plombe !

Sous le canon de l'arme, Lord Corlatius expira et reprit son calme :

- J'espère que vous n'avez pas touché le bois de la boîte...

- Elle est en plomb, et impossible à ouvrir, ajouta Pilar.

- Alors pendant toutes ces années, fit le Lord en se laissant tomber sur sa chaise. Pendant toutes ces années, elle est restée là, et Gillian a refusé de me la rendre. Il me l'a confisquée à Séville, vous savez. Il a dû la sceller à un certain moment dans une autre boîte.

- Alors pourquoi je ne l'ai jamais vue ?

- Vous êtes Fernandez ? Vous n'avez jamais vu de boîte en bois ?

- Pas entre les mains de John, non. Mais maintenant que vous le dites, on était avec d'autres. Et on n'a plus jamais eu de nouvelles depuis... 1952, je dirais.

- Alors John n'est pas mort de...

- Il a chopé une pneumonie, le coupa sèchement Joe toujours en joue. Donc, qu'est-ce que c'est que votre truc ?

Corlatius expira une nouvelle fois.

- Il s'agit d'une arme. Je comptais l'utiliser au cas où les Likkktalzzz auraient conquis cette Terre, mais... Je n'en ai pas eu besoin, et ils ne reviendront plus menacer votre univers. Néanmoins, cette arme reste dangereuse tant qu'elle existe.

- On peut la détruire ?

- Il n'y a qu'une personne qui peut le faire, et c'est moi. C'est pour ça que vous devez me la donner.

- J'ai pas confiance.

Les mains de Joe Gillian commençaient à devenir noueuses, ce qui n'échappa pas à Lord Corlatius, qui se leva d'un bond et arracha sans effort à son hôte la carabine qui ne pouvait plus menacer personne.

- Bien, fit la voix retentissante du Lord. Tu as assez joué au dur, alors tu vas me donner cette foutue boîte !

Décontenancé, le jeune homme essaya de reculer, mais trébucha sur la dite boîte qu'il avait gardée à ses pieds durant tout ce temps. Sous les yeux médusés du trio, Lord Corlatius ramassa ce qu'il était venu chercher et le prit à pleine main. Un feu d'origine inconnue se matérialisa alors et détruisit l'objet sans en laisser une trace, puis l'homme fixa d'un regard perçant le jeune Joe Gillian, comme pour lui signifier qu'il venait de se faire un ennemi, avant de se volatiliser.

Les trois occupants de la maison mirent un certain temps à se remettre de cette visite, avant de se rendre compte qu'ils n'avaient désormais plus à s'attendre à revoir ce Lord sinistre. Il avait eu ce qu'il demandait, et la famille Gillian n'avait plus de quoi l'intéresser.