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samedi 29 janvier 2022

Aventures Fiction, l'histoire oubliée de 2012-2013

 

En l'espace de quelques années, on a vu renaître pas mal de grands noms des revues comics et associées -  je vous renvoie à mon dernier article consacré à Strange. Ainsi, on a vu défiler Etranges Aventures, Futura, Mustang, et plus récemment Fantask (un mook sur la pop culture). Aussi, je me suis dit, dans ma tête de 10 ans de moins : pourquoi je ne relancerais pas un ancien titre à mon tour ? (pour info, ce n'est pas aussi simple)

En 2012, alors que je rédigeais mes premières traductions professionnelles, j'ai revu Jean Depelley, scénariste, écrivain, journaliste et traducteur, notamment pour deux revues que j'appréciais particulièrement : Golden Comics et Golden Titans. Dites-vous bien qu'à l'époque où ces revues paraissaient, soit entre 2009 et 2010, c'était alors le seul moyen de lire des comics du domaine public en français, avant que le créneau ne devienne porteur parmi les petits éditeurs. Dites-vous bien que sans Golden Comics, Jean Depelley et Fred Treglia, l'homme derrière tout ça, l'engouement pour les comics oubliés n'aurait jamais pris autant. Aurait-on eu The Green Claw dans Forgotten Generation 0 ? Disons que les grands esprits se sont rencontrés. Mais je digresse.

Ce soir de la fin de l'automne 2012 (presque l'hiver), nous avons passé des heures à discuter avec Jean, et je me suis dit en mon for intérieur : et si c'était moi, via Arcadia Graphic Studio, qui sortais les épisodes qui restaient à publier dans Golden Comics et dans Golden Titans ? Malheureusement, on était encore aux débuts de l'association, et nos moyens étaient rudement limités (nous étions loin de pouvoir imprimer en couleurs), donc cette idée a dû être tuée dans l'œuf.

Cependant, l'idée d'une revue dédiée à la traduction a fait son petit bonhomme de chemin, et s'il n'était pas possible de reprendre Mustang (j'avais adhéré à la dernière formule du petit format à l'époque, même si ce n'était pas du goût de tout le monde), j'ai fini par trouver : Aventures Fiction. Aventures Fiction, pour resituer, c'est une revue qui a débuté en 1958 et s'est arrêtée en 1987 après quatre volumes différents, dont les deux premiers étaient dédiés à la publication de séries DC Comics. Pour accueillir des BD de genres différents, le nom n'était pas mal. J'ai même ébauché, un soir, un prototype de couverture en couleurs directes, pas vraiment ma meilleure production. Puis, début 2013, j'ai lâché le projet. C'est alors qu'Antonio Pastucci, alors responsable de Vortex Comix, qui était à l'époque un blog reprenant des comics du domaine public traduits en français, m'a contacté pour me demander s'il pouvait reprendre le titre pour lui-même. Il m'a alors proposé d'écrire une préface, que voici dans son intégralité : 


 Quand Antonio m'a demandé de faire la préface de ce premier opus d'Aventures Fiction « ressuscité », j'ai été à la fois honoré et surpris. Ma seule contribution avait été de donner la permission d'utiliser ce titre sur lequel j'avais mis une option, aussi c'était peu pour justifier un texte de ma part.


Cependant, en y réfléchissant, j'ai pu comprendre ce qui avait motivé mon camarade : nous avons en commun une passion pour le célèbre « âge d'or » des comics, et nous avons chacun de notre côté œuvré pour sortir certains de ces personnages de l'oubli. Et quand je vois le travail accompli par l'équipe de Vortex Comix, je vois que ce jeune label a décidément sa place au sein du « marché de la nostalgie ».


Il faut bien savoir une chose : l'âge d'or des comics est un sujet très vaste recouvrant une période de près de vingt ans, et cette frénésie créative est comme un équivalent de la ruée vers l'or pour le vingtième siècle. Mais parmi ces pionniers, beaucoup ont été oubliés par l'Histoire (tout comme leurs créations). Pensez : la plupart étaient de jeunes gens dont l'objectif était de gagner un peu d'argent avant de pouvoir intégrer des métiers plus « glorieux », comme la publicité. C'est pourquoi il existe un patrimoine si conséquent que son exploration est un travail à plein temps, entre retrouver les fascicules d'époque et identifier le contenu (sans parler de le conserver numériquement).


Ayant bien étudié le sujet depuis plus de cinq ans, je reste pourtant étonné de voir que le sommaire d'Aventures Fiction a comme un goût d'inconnu pour moi : en effet, Red Demon, Nightmare et Wildfire font partie de ces personnages oubliés parmi les personnages devenus orphelins, dont les plus connus sont sans conteste Wonderman (premier « clone » de Superman interdit par National Periodical), Daredevil, Black Terror, Green Lama, Thun'Da... Bref, il reste tant de ces concepts à redécouvrir qu'il est impossible de tout connaître.


Mais bien sûr, partager les aventures antédiluviennes de ces héros n'est qu'un premier pas pour les faire sortir de l'oubli. Pour revenir à leurs créateurs, ceux-ci pouvaient produire en masse sans réellement s'impliquer, et ainsi laisser à l'état d'ébauches des concepts qui auraient pu s'imposer si les conditions avaient été réunies, mais la route de l'âge d'or est pavée d'éphémères maisons d'édition aux publications éparses et d'auteurs souvent très mal renseignés sur leurs droits. De fait, rares sont ceux qui ont réussi à aller au bout de leurs idées.



C'est là, par conséquent, que le travail commence, et que Vortex Comix sortira de l'oubli tous ces héros du néant dans lequel ils avaient disparu.


Maintenant, il est temps de partir pour l'aube de l'héroïsme coloré, en compagnie du trait des regrettés Will Eisner et Frank Frazetta !



Florian R. Guillon (président de l'association Arcadia Graphic Studio, auteur des BD Dark Fates et Esprit Vengeur, traducteur de comics)


 La suite des événements, c'est que cette revue, qui devait avoir cette couverture représentant Wonder Man, n'a jamais vu le jour sous cette forme. Vortex Comix lancera finalement en août 2014 une revue The Legends of the Golden Age en impression à la demande, en petit format, avec le contenu du blog en noir et blanc, à l'exception du troisième et dernier numéro en couleurs, avec Wonder Man en vedette. On ne les trouve plus sur lulu.com depuis quelques années, et Vortex Comix a changé de nom pour devenir Yamraj Comics. Ils publient toujours des comics du domaine public, mais ils réutilisent également les personnages dans de nouvelles aventures. Et avec Arcadia Graphic Studio, on bosse souvent avec eux.

Mais l'Âge d'Or des comics ne s'est pas éteint chez Arcadia pour autant, puisqu'outre deux albums spéciaux consacrés à Black Terror et à Barry Kuda, Jane Drake, Spider Queen, Ghost Woman, Strongman, The Lynx et Red Panther sont passés par les pages de Forgotten Generation et Forgotten Generation Extra. Et ce n'est pas fini. 

Et qu'est devenu Aventures Fiction, dans tout ça ? Eh bien, c'est tout simplement devenu le nom du podcast de Xavier Fournier, des émissions passionnantes sur les comics et ceux qui les font.


mercredi 26 janvier 2022

Strange, la légende

 

Pour le lectorat de comics en France d'un certain âge, il y a certaines choses qui touchent au sacré, mais Strange est sûrement le summum.

Strange est le magazine qui a pérennisé les comics Marvel dans l'hexagone, après les tentatives étouffées par la censure qu'étaient Fantask (là aussi, un titre qui touche au sacré) et Marvel. C'était en janvier 1970. Au sommaire, on y trouvait les X-Men, Iron Man, Daredevil et Silver Surfer. Bien évidemment, ça a évolué par la suite, notamment quand Spider-Man (l'Homme Araignée, ou l'Araignée jusqu'en 1998) s'est installé définitivement à bord à partir du numéro 18, devenant la star du journal. 

Cette formule aurait pu durer au-delà de sa vingt-sixième année et de son 324e numéro, si Semic avait encore eu les droits Marvel. Coup dur révélé en décembre 1996 dans toutes les revues de l'éditeur : "Marvel, c'est fini". En réalité, l'éditeur américain était de retour dès février 1997 sous la houlette de Panini, ce que peu de gens savaient car, à l'époque, Internet était fort peu répandu. Semic, privé de sa locomotive, a donc dû acheter de nouvelles licences.


La surprise était totale quand, en mai 1997, apparut dans
les kiosques le numéro 325 de Strange, avec Batman, JLA, Wonder Woman et Flash ! Du matériel entièrement DC Comics ! Sacrilège ! Cette formule n'a pas dû prendre, puisque dès le numéro 332, Flash et Wonder Woman, en pleine saga, ont été remplacés par Sovereign Seven (à l'épisode 15) et Impulse. Mais le mal était fait, et Strange repartit dans les limbes au numéro 335, en mars 1998. 

Et pourtant, le célèbre magazine finit par revenir là où on ne l'attendait : chez Organic Comix. Le fondateur, Reed Man, a contacté les héritiers de Jack Kirby, ainsi que Tom Scioli, et c'est donc à un magazine sous le signe du King auquel nous avons eu droit jusqu'en 2012, puisqu'outre Reed Man et Tom Scioli se réclamant de l'influence Kirby, ils ont été rejoints par Jean-Marie Arnon, au style pas si éloigné. Outre des inédits de Kirby et des BD dans le style du maître, on a eu droit à Chris Malgrain, Jim Arden, Chott, Jean-Yves Mitton... Un vrai festival !

Mais malgré cette orientation, le Strange version Organic Comix est toujours vu par une frange du lectorat comme un sacrilège, un truc qui ne vaut rien ou qui n'existe pas, un "Strange de kékés" (lu sur les réseaux sociaux, où je me suis fait même insulter à l'époque pour avoir défendu ce Strange - heureusement que je n'ai pas précisé que j'étais abonné et dans la street team)... Donc, pour ces gens-là, il faut un Strange comme à leur époque, avec les personnages Marvel, pas sur papier glacé, et pas les épisodes modernes qui sont nuls. J'ai fait la synthèse des critiques. Je pourrais y répondre par un "OK boomer" tout à fait approprié. Je passerai sous silence le Strange Collector repris par Semic, un fascicule d'accompagnement pour vendre des plaques en métal de héros Marvel. Je ne sais pas si les vieux râleurs mentionnés plus haut sont montés au créneau pour dénoncer le foutage de gueule. Concernant le fait que la marque soit désormais entre les mains de Xavier Fournier (journaliste, conférencier, historien des comics), les râleurs attendent (sauf un), mais un plaisantin s'est déjà amusé à raconter qu'il était impliqué dans cette relance de Strange et dans celle de Spécial Strange (un projet différent, une collaboration entre Organic Comix et Original Watts)... autant dire qu'il s'est vite fait recadrer !

Etant tombé dans les comics à l'âge de 11 ans en août 1996, je n'ai donc pas appris à lire dans Strange, et je n'en ai pas acheté cette année-là. Cependant, j'avais un copain qui avait le numéro 308 que je lui ai souvent emprunté avant qu'il ne finisse par me le donner. Dedans, il y avait Deadpool, Spider-Man, Iron Man et Avengers (à l'époque, on disait "des espèces de X-Men", car c'était la référence en matière d'équipes de super-héros, étant donné que c'était la seule qu'on voyait à la télé). Ce n'était plus l'âge d'or qui, si j'en crois certaines personnes, s'était de toute façon terminé en 1983... J'essaie de comprendre. 

J'ai vécu en direct le lancement du Strange DC avec surprise, mais ce jour-là, j'ai préféré me faire acheter un album relié de trois numéros de Nova. Mon premier Strange, j'ai attendu août 1997 pour l'acheter, et c'était le 185. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, dans mon Shopi, il y avait à la caisse un étalage de pochettes promotionnelles de revues invendues un peu anciennes. C'est comme ça que j'ai bâti ma collection, ainsi qu'avec les albums reliés qui regroupaient les numéros invendus par deux ou trois, pour un prix réduit. C'est ainsi que j'ai récupéré pas mal de revues Semic/Marvel, car cet éditeur pratiquait la mise en vente d'albums reliés environ un an après la première parution. Ils ont cessé de le faire en 1998. Le concurrent Panini, qui a les droits Marvel depuis 1997, n'a en revanche jamais fait ça. A la place, ils ont sorti des coffrets de l'intégralité des revues Avengers et Silver Surfer de 1997-1998. Un gros investissement pour un lecteur jeune, qui a donc dû s'en passer (je crois n'avoir complété la collection d'Avengers qu'en 2008 ; quant à Silver Surfer, je n'ai que le numéro 13 et et je n'en ai jamais vu d'autres depuis). A partir de 1998, je n'ai vu qu'occasionnellement des pochettes promos. 

Ah, et puis Strange 308 est lié à de mauvais souvenirs, aussi. Sachez qu'en 1997, il était très mal vu de lire (bon, déjà, rien que le fait de lire, c'était pas top) Strange ou toute autre revue de comics au collège. Les super-héros étaient encore très très loin d'avoir acquis leurs lettres de noblesse au cinéma et étaient don cantonnés à des dessins animés, et que les dessins animés, c'est pour les enfants. On ne parlait pas de culture geek, à l'époque, on avait juste des secrets honteux à cacher au monde. Le collège, c'est vraiment un monde de merde.

Pour conclure, je suis impatient de découvrir les nouvelles versions de Strange et Spécial Strange. Je me demande comment les vieux râleurs vont réagir quand on en saura plus. Moi, je suis confiant dans les porteurs des projets.

lundi 17 janvier 2022

Les archives secrètes : Smasher (et les archétypes)

 

Dans ce billet, je vais vous narrer la genèse de Smasher, personnage apparu pour la première fois dans Le Temps Des Héros en 2010 et intégré au multivers Arcadia en 2012 avec Esprit Vengeur. Sur le blog Arcadia, c'est le billet du 11 décembre.

Pour cela, il faut remonter à 2001. Pas l'Odyssée de l'espace, mais l'époque où Excalibur n'était pas encore devenue une boutique de jeux lambda ; non, on y trouvait encore des figurines McFarlane et des comic-books en VO. Parmi ceux-ci, l'un me faisait particulièrement de l'œil : Awesome Holiday Special. Pourquoi ? Parce que j'aimais bien l'univers Awesome de Rob Liefeld recréé par Alan Moore. On ne juge pas.

Dans ce numéro, il y avait une histoire de Fighting American dessinée par Rob Liefeld (ou comment continuer sur sa lancée de Captain America) où Spice, la jeune partenaire de Fighting American, combattait le droïde destructeur Smash. Bon, dites-vous à peu près que Fighting American = Captain America, Spice = Rikki "Bucky" Barnes (version robotisée) et Smash = Hulk (avec les couleurs inversées). Je ne sais plus comment ça m'est venu, mais j'ai probablement dû me dire que si Jeph Loeb et Rob Liefeld avaient fait leur Smash, rien ne m'empêchait d'avoir le mien. Et puis m'est venue l'idée d'appairer ce personnage avec un autre concept dérivé, mais cette fois de la licence Digimon (je garde cette histoire pour plus tard).

Bon, il est de notoriété publique que j'ai tout stoppé pendant quelques mois après octobre 2001, donc ce n'est pas allé très loin dans la réflexion. Vint ensuite 2010 où, avec le webcomic Le Temps Des Héros, je me suis amusé à mettre en scène des personnages de mon passé. J'avais besoin d'un super-vilain, et là, mes lectures d'époque m'ont fait réfléchir : on avait d'un côté le Hulk rouge (intelligent et pas tout à fait un super-vilain), et d'un autre côté, on avait Ultimate Hulk (à deux personnalités distinctes, mais avec un organisme adaptatif). Un mélange se crée. Et quitte à pousser les contrastes, autant habiller mon nouvellement nommé Smasher d'une façon très formelle. Comme un agent. Un agent du multivers. L'occasion de retrouver le concept initial qu'il formait avec le prototype de S-Ram, mais surtout d'étoffer tout ça pour ne pas faire du pastiche. 

J'en profite pour ajouter que j'ai eu droit à des remarques désobligeantes de la part de visiteurs et d'internautes concernant le fait que certains personnages que je dessine (ou qu'on a chez Arcadia) ressemblent à des personnages connus. Je me dois de répondre qu'au bout de 90 ans (et même plus dans le contexte de la SF), c'est malheureusement quasiment obligé de retomber sur les mêmes archétypes, et que tous les costumes ont été plus ou moins trouvés. De là, partir d'un archétype connu comme base d'un personnage est quelque chose de très répandu, et tout le monde le fait, même les auteurs de comics les plus acclamés. Tout se joue à l'écriture, au final. C'est ce qui fera l'originalité du personnage par rapport à son archétype, et qui ne vous fera pas dire que Superman, c'est juste Moïse fusionné avec John Carter. Ou que Dragon Ball, c'est juste Superman amalgamé avec le Roi des Singes (pour ça, je recommande le Comic Box HS Spécial Japon de 2001).

mardi 28 décembre 2021

Humeur : (H)Omicron

 

Nous sommes le 25 décembre, jour de Noël. Je n'ai pas pensé à reposter mon dessin de Noël ici, ni même à l'envoyer par MMS à mon répertoire. Les faits parlent d'eux-mêmes : de moins en moins de retours au fil des années. Les remerciements et les visites sur ce blog se font rares.
Bientôt deux ans de Covid, avec un nouveau variant qui arrive : Omicron. Un nom qui ne peut que me faire penser à celui d'un héros que je connais bien, mais que le monde entier n'a pas l'heur de connaître : Homicron. Ce super-héros de création franco-italienne (créé par des italiens pour la France, même si on ne connaît pas, en réalité, le nom du scénariste) a eu droit à huit aventures dans les pages de Futura (première série) et Spécial Rodéo au milieu des années 1970. On a pu le retrouver au sommaire de la deuxième série de Fantask en 2001, et c'est comme ça que je l'ai connu.

Fantask (volume 2) 1 est paru en février 2001, et disponible en avant-première au festival d'Angoulême, où je n'étais pas, mais où certains de la Clark mailing-list à laquelle j'étais inscrit ont pu se le procurer. Et je me souviens d'une phrase qui m'a marqué : "De la SF en pattes d'eph". Il faut dire que le format de la revue, entre Pocket et Comics, en noir et blanc, évoquait fortement la BD de gare de papa, et graphiquement, c'était aussi le cas. Seuls les styles de Jim Arden, Reed Man et Didier Crisse dénotaient. Pensez bien que dans cette nouvelle revue, on trouvait des rééditions des histoire de "Demain... les monstres" de Jean-Yves Mitton, qui étaient bien datées. Et puis le style de Steve Rude, qui dessine la couverture en recyclant une pin-up de Green Lantern (ce qui fera que beaucoup de sites assimileront Homicron à un équivalent de Green Lantern), n'évoquait pas non plus les comics en vogue. 

D'où, je pense, une certaine incompréhension de la part du public ciblé. Il était clair que la résurrection des super-héros parus chez Lug en un seul univers partagé nommé "Semicverse" voulait draguer les fans de comics, mais aussi les vieux lecteurs de petits formats qui rêvaient secrètement d'avoir de la nouveauté à lire. Malheureusement, Fantask a manqué le coche sur les deux tableaux, puisque les lecteurs de comics n'ont pas trouvé un produit qui leur ressemblait, et les lecteurs de petits formats non plus. D'un côté pas assez radical, de l'autre trop. L'éditeur Semic a arrêté les frais en sortant le numéro 5 par souscription uniquement (j'ai eu la chance de le trouver bien plus tard grâce à Reed Man), dispersant les créations dans les petits formats déjà existants, leur donnant plus de pages, jusqu'à finalement la création d'un nouveau titre : Yuma (au format Pocket et au sommaire un peu fourre-tout). 

Le Semicverse a perduré jusqu'en 2003 (voire plus avec les albums King Kabur, Witchblade/Phénix et La Brigade Temporelle), puis est rentré en sommeil jusqu'à l'arrivée de Strangers chez Wanga, avec l'intégrale de la saison 1, puis une saison 2. Sauf que l'appellation "Semicverse" n'a plus cours, puisque les droits des personnages ont été rassemblés dans une coopérative appelée Hexagon Comics, qui propose à la fois des rééditions et des nouvelles aventures des héros de l'univers Hexagon.


Et donc, j'ai beaucoup glosé sur l'éditorial, mais je n'ai pas encore attaqué le contenu. Les aventures originelles d'Homicron sont assez classiques et possèdent un certain charme. Pour ce qui est de la deuxième série, par contre, on assiste à un hommage aux années 70, mais aussi à une déconstruction du personnage. Il s'agit à la fois d'une lettre d'amour et d'une volonté de casser les codes. Et à la fin de cet ouvrage, on part sur un nouveau statu quo, qui sera développé dans Strangers (qui a achevé sa cinquième saison il y a déjà plusieurs mois).

Et maintenant, nous sommes le 28 décembre. J'espère vous avoir donné envie de lire Homicron, même si cet article tient plus du billet d'humeur que de la critique. D'ailleurs, il a été écrit à la volée.

N'hésitez pas à parcourir de fond en comble le site de Rivière Blanche, il y a beaucoup de bonnes choses.

Et enfin, j'espère que je reprendrai plus souvent la plume ici et que les visites reviendront. 

mardi 29 janvier 2019

Mustang 2002, ou "l'époque où je voulais faire du petit format"

Alors là, je vous préviens tout de suite, on monte dans la calèche pour une descente du boulevard des souvenirs. Une époque où Internet n'était pas rapide ni omniprésent, une époque où j'habitais à la campagne, où j'allais au lycée, où la Dreamcast était un joyau technologique méprisé. Bref, c'est un temps qui me fait dire que je me fais vieux.

Wampus par José Ladrönn
Il y a eu une époque lointaine où, dans les kiosques, on trouvait plein de petits formats BD avec du western, des tarzanides, du fantastique, du médiéval, etc. Enfin, une époque pas si lointaine, quand même, et pas totalement révolue non plus, puisqu'on dénombre encore les survivants Cap'tain Swing et Akim.

Sauf qu'à l'époque où j'ai eu l'âge d'acheter mes revues en kiosques, les petits formats avaient l'allure de trucs datés, surtout avec l'accroche "Mensuel pour la jeunesse" en page de sommaire, donnant irrémédiablement un air désuet à ces publications bon marché. Bon, je dis ça, mais j'étais quand même curieux. Cela dit, les années 1990 ont été des années creuses pour le petit format : les lecteurs les délaissaient depuis plusieurs années au profit des albums librairies, les éditeurs n'y mettaient plus tellement de moyens et d'intérêt, et la nouveauté n'était pas vraiment là (je crois qu'il n'y a que la série Tex qui a continué d'avoir des inédits jusqu'en 2003). En fait, c'est à partir de l'arrivée de Thierry Mornet chez Semic (1999 ?) que la gamme a repris quelques couleurs, en accueillant des nouveaux artistes dans des "Créazones", et les nouvelles aventures de Zembla, faisant intervenir le personnage d'Ozark (plus vu depuis la période "Sup'héros" de Mustang... en 1981 !), avant de nouvelles aventures également pour Kabur.


Homicron par Steve Rude


Mais ce n'était qu'un début, car en février 2001, c'est avec plus d'ambition que débarque Fantask ! Format plus grand, avec du matériel italien (des inédits de Nathan Never), américain (les histoires courtes de Monkeyman & O'Brien par Arthur Adams), ancien (des extraits de Demain les monstres par Jean-Yves Mitton) et nouveau (Homicron, Fantask Force et Ozark). De quoi changer radicalement la face des Semic Pockets ! Oui, mais voilà, cette nouvelle formule de Fantask ne trouve pas son public, et après 3 numéros bimestriels, un quatrième sort en trimestriel (je l'ai acheté le 11 septembre 2001), et un dernier numéro, le cinquième, sortira en VPC (j'ai mis des années à le choper, et c'est grâce à Reed Man qu'il fait maintenant partie de sa collection) - en réalité, il sera compté comme "spécial", car un cinquième numéro de Fantask est bien sorti en kiosques, mais au format magazine, en couleurs, et sans BD (ça parlait d'Harry Potter).

Rage et déception, tous ces superbes projets se retrouvent le bec dans l'eau. Mais qu'à cela ne tienne, ce sont les Semic Pockets restants qui ouvrent leurs pages et en déploient de nouvelles pour accueillir toutes les nouveautés (même si on a perdu Nathan Never et Monkeyman & O'Brien dans la transition) ! C'est ainsi qu'en mars 2002, Mustang s'enrichit d'Ozark et de Wampus, les deux séries que je décide de suivre. Je découvre donc en même temps les italiens Zagor et Martin Mystère, le premier me gavant assez rapidement (le sidekick bedonnant n'y étant pas pour rien) malgré des idées sympathiques, le deuxième m'emballant réellement avec ses intrigues mystérieuses sur fond de faits ou d'énigmes historiques bien documentés. Un sommaire faisant la part belle au fantastique, aux mondes un peu mystérieux, ça éveille chez moi des envies d'être publié dans cette revue, y compris quand Wampus trouvera sa conclusion et sera remplacé par Dick Demon qui s'intègre thématiquement très bien au sommaire.

Mais arriva septembre 2003 et une terrible annonce : les éditions Bonelli, fournisseur de la plus grande partie du matériel italien des PF, confient leurs droits à un autre éditeur, mettant ainsi en péril l'équilibre économique des Semic Pockets, qui sont donc condamnés à disparaître en décembre 2003 avec des numéros riches en surprises. Non seulement certaines de mes revues régulières disparaissaient, mais d'un point de vue général, c'était aussi un espace de publication potentiel pour de nouveaux artistes qui partait.

Quelques années plus tard, le virus de la création m'a repris pour de bon, et au festival de Ligugé, en 2009, j'ai découvert le fanzine Mad Hatter, petit format noir et blanc bien sympa, et je me suis adressé à leur imprimeur pour faire un format semblable. Donc, quelque part, j'ai quand même fait du petit format... même si ce n'était pas dans Mustang.

Je n'ai jamais abandonné l'idée d'avoir une BD populaire dans le sens premier, c'est-à-dire une BD que chacun pourrait s'acheter, à un prix pas trop élevé, donc accessible. On m'avait fait remarquer, à l'époque, que j'étais plus cher que Grand Dédale, cela dit... Mais bon, 4,90€, ça me semble un prix correct. (et pour ce qui est de Grand Dédale, j'ai vraiment aimé ce que j'en ai lu, reportez-vous donc aux publications de ce blog, et on ne boxait pas dans la même catégorie sur tous les plans. Je déplore vraiment que Gilles n'ait pas pu mener ses plans à bien, mais je ne perds pas espoir de travailler avec lui)

Mais autre chose que je n'ai jamais lâché, c'est Mustang, et alors que je regardais la liste des parutions du passé qui n'ont jamais reparu, je me suis dit qu'il y avait peut-être un coup à jouer. Bon, apparemment, non, mais j'ai quand même ébauché une couverture, à l'époque (2011 ou 2012 ?).



Sentinel, Ewen Merrick, Black Diamond (on va dire 2011)
D'autres ont eu l'envie de ressortir Mustang de l'oubli (des maquettes ont même été faites), mais la marque n'est pas disponible.

Eh oui, ces dernières années (enfin, depuis le début du siècle), nous avons vu resurgir Fantask, Strange, Yuma, Spécial Strange (annulé), Étranges Aventures et Futura. Moi aussi, j'aurais bien envie de ressortir mon vieux titre, parfois. Profiter du prestige d'un nom connu doit être sincèrement grisant. Pouvoir se dire qu'on publie un titre qu'on lisait étant plus jeune, ça doit être une petite fierté.

Mais j'ai Forgotten Generation, et c'est très bien comme ça. J'ai déjà de quoi être grisé et fier, sachant que je suis parti de zéro avec juste un logo qui évoquait Strange. Finalement, pas besoin de reprendre un titre existant.


Quant à savoir ce que j'avais l'intention de publier en 2002, ma mémoire me fait défaut. Je sais qu'il était question de marais et d'ambiances mystiques, mais je ne saurais dire si le projet était abouti au point d'avoir un vrai concept au-delà de "l'homme végétal".

lundi 28 novembre 2016

Terreur Noire est arrivé !

Terreur Noire © Arcadia Graphic Studio
Couverture d'Alex Schomburg, mise en page par Florian R. Guillon
Et là, comme un ange de lumière, le voici qui se révèle au grand jour, magnifique comme jamais, à jamais magnifique, portant à lui seul le métal doré de "l'Âge d'Or" dont il se réclame.

Pendant longtemps, Terreur Noire a été un projet un peu maudit, parce que sa conception première remonte à l'été 2014, et l'envie de le faire à bien plus avant. Parce que pour s'engager dans un projet comme ça, il faut vraiment le vouloir et être passionné. Si t'as pas la passion, ça marche pas, il faut vraiment aimer la bande dessinée de l'époque. Et bien évidemment, il faut avoir un bon niveau dans les deux langues si on compte traduire, ça va de soi.

Mais tout a vraiment commencé avec le personnage de Red Ann, quand j'écrivais Esprit Vengeur. Je ne vais pas revenir sur la genèse de ce projet, mais en tâchant de calquer ma composition d'équipe sur celle du film Avengers, je me suis rendu compte qu'il me fallait un personnage féminin sans pouvoirs pour remplacer Black Widow, et pourquoi pas issu du domaine public. C'est là que je suis tombé sur Red Ann, justicière alliée de Black Terror dans un seul épisode, et jamais revue par la suite (du moins canoniquement, parce qu'on en voit une version très très différente dans le moderne Black Terror de Dynamite). Le personnage m'a fait une impression durable dans cette dizaine de pages, et j'ai imaginé comment lui faire reprendre du service. Mais c'est une autre histoire. Et l'originale, elle est signée Jerry Robinson et Mort Meskin, deux dessinateurs de comics parmi les plus doués dans ceux qui n'étaient pas les plus en vue. De plus, on avait déjà publié du Jerry Robinson dans Forgotten Generation, à l'initiative de mon ami Fabien qui a traduit Atoman.

Au moment de rassembler tous les épisodes produits par le duo Robinson-Meskin, je me suis rendu compte que deux avaient déjà été publiés (en couleurs, qui plus est) par Univers Comics dans la revue Golden Titans. Pendant longtemps, je n'ai pas voulu les retraduire moi-même afin de ne pas être influencé par la traduction de Jean Depelley, mais finalement j'ai dû me résoudre à le faire, et ça va, nos travaux sont bien différents l'un de l'autre. Puis vint le passage en noir et blanc, le nettoyage des planches, puis la traduction en elle-même, qui resta longtemps en suspens après six épisodes.

L'été 2014, c'était aussi la restructuration de Forgotten Generation, avec tout le fanzine refait à neuf. J'ai donc laissé un peu Terreur Noire de côté, le ressortant à mes moments libres, quand Forgotten Generation n'avait pas trop besoin de moi. Ne voulant pas me précipiter, j'ai consacré la plupart de mes efforts au fanzine. Et comme on s'est retrouvés à court de matériel pour le numéro 2, j'ai donc décidé de précéder la sortie de l'album par la première version française des origines de Black Terror.

Sauf qu'est arrivé l'été 2016, où, alors en vacances, je découvre un projet Black Terror annoncé par un concurrent ! Je diffuse alors vite la couverture du mien pour officialiser auprès du grand public qu'Arcadia allait publier l'anthologie Robinson-Meskin, puis le boulot de traduction a continué, et j'informe le public à chaque étape, alignant les partages Facebook sur de nombreuses pages, pour découvrir finalement un peu plus tard que le projet concurrent annoncé au départ comme une reprise des tout premiers Black Terror (et plagiant allègrement la mise en page de l'encyclopédie Black Terror de Blue Monkey Studios) avait finalement changé pour faire la part belle... au duo Robinson-Meskin, soit exactement la période que j'avais choisie ! Et évidemment, c'est arrivé après la description par le menu du mien... Je ne vois pas ça comme un hasard, surtout sur une offre de 176 épisodes. Toujours est-il que ça m'a poussé à finir le travail aussi vite que possible.

Et c'est finalement le 17 novembre 2016 qu'est enfin arrivé en ligne Terreur Noire 1948-1949 : l'intégrale Robinson-Meskin (ça s'achète sur lulu.com), réalisé de A à Z par mes petites mains. Et l'ouvrage connaît un petit succès, puisqu'il est aujourd'hui numéro 1 des BD et romans graphiques sur Lulu !

Alors évidemment, je ne vais pas me reposer sur mes lauriers, puisque je vois tout ce qui est perfectible dans mon travail. Je vais donc faire en sorte que le prochain album soit encore meilleur !









Et d'ailleurs, si vous le souhaitez, vous pouvez suggérer son contenu, vu qu'il n'est pas encore fixé. Néanmoins, ce ne sera pas pour tout de suite, puisque la prochaine sortie d'Arcadia sera Forgotten Generation 4 !

lundi 12 septembre 2016

Long time no see

Savage Dragon by and © Erik Larsen
"Quoi ? Florian décide de relancer son blog ? Il faut l'empêcher d'agir !"















Je crois que tout le monde a commencé à se faire au rythme irrégulier de ce blog. Du moins pour ceux qui le lisent. Ceux qui ne le lisent pas, par conséquent, ne peuvent pas savoir. Tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu'ils ratent.

Quoi de neuf depuis la dernière fois ? Eh bien le début du mois de juillet m'a bien crevé, mais j'ai eu la possibilité de changer d'air pendant une dizaine de jours, ce qui a été plus que bienvenu si on considère que je n'avais pas pris de vacances depuis 2009. Puis après un festival où on m'a carrément sorti un gros "Ma fille dessine aussi, et de ce que je vois ici, elle est très très calée", sous-entendu "Mec, ma fille de 15 ans a plus de talent que toi". Autant j'accepte qu'on fasse des trucs mieux que les miens, autant me faire dénigrer mon travail par un type convaincu que sa fille est la Xe merveille du monde, je trouve ça purement et simplement déplacé et je prends ça comme une insulte. Surtout qu'il a ramené sa fille pour me faire un dessin, et que le résultat était... un dessin d'une fille de 15 ans au plus. Et pas du genre impressionnant comme j'ai pu en voir sur deviantArt. Heureusement que je suis diplomate, et très très calme.

Ajoutez à ça un public généralement peu enclin à acheter des fanzines, et vous imaginez que l'expérience aurait pu être meilleure. Heureusement que le public s'est un peu réveillé le dimanche après-midi, et que j'ai pu retrouver quelques têtes connues qui m'ont aidé chacune à leur manière (mention spéciale pour mes amis cosplayeurs qui m'ont fait de la pub au micro, je saurai m'en souvenir). Promis, les amis : au prochain festival, je sors l'ordi portable et je vous balance une flopée d'images de ouf !

Mais au prochain festival aussi, j'aurai un nouveau produit à présenter et à défendre : la tant attendue anthologie Terreur Noire, consacrée aux épisodes de Black Terror réalisés par Jerry Robinson et Mort Meskin ! Un bouquin qui devrait bien faire ses 120 pages, et que je ne peux imprimer qu'en noir et blanc à la demande, parce que je préfère que l'argent d'Arcadia Graphic Studio passe dans la réalisation de Forgotten Generation. L'album sera une carte de visite géante mettant en avant mes compétences, puisque j'assure la traduction, le lettrage et la mise en page. Ça peut sembler très égocentrique, mais tout le monde me pousse à me mettre en avant depuis mon exposition, et puis ça étoffe mon CV.

Mais pourquoi ce choix ? Pour plusieurs raisons. Tout commence avec mon ami Fabien et le magazine Golden Titans. Pour Forgotten Generation v1 2, Fabien a décidé un jour de choisir de traduire le premier épisode d'Atoman, de Jerry Robinson (alors encore vivant). J'ai appris par la suite l'existence d'un deuxième épisode (retrouvé seulement très récemment et publié dans Forgotten Generation v2 3 - à commander à l'adresse suivante : http://arcadiagraphicstudio.blogspot.fr/p/blog-page_8235.html). Quant à Black Terror, ce sont messieurs Fred Tréglia et Jean Depelley qui l'ont introduit en France dans la défunte revue Golden Titans, avec justement des épisodes de Jerry Robinson. Cependant, ma décision de publier l'intégrale Robinson-Meskin a bien plus à voir avec mon envie de découvrir les œuvres du défunt co-créateur de Robin qu'avec cette première publication française, puisque j'avais tout simplement oublié quels épisodes étaient concernés ! Puis l'idée a fait son chemin, et à l'été 2014, parallèlement à la refonte de Forgotten Generation, je commence à traiter les planches pour du niveau de gris et à faire les traductions.

Mais s'il n'y avait que ça... Eh bien non, car j'ai découvert le personnage de Red Ann en 2011-2012, et je suis tombé sous le charme, à tel point que j'ai décidé de l'inclure dans le webcomic Esprit Vengeur. Ne pas publier sa première apparition aurait été une idée un peu stupide.

Bref, pour toutes ces raisons, je me suis lancé, travaillant en parallèle de Forgotten Generation et des autres projets pour l'annoncer quand le temps sera venu. Et comme un nouvel arrivant a annoncé vouloir publier du Black Terror, il a bien fallu que j'annonce finalement le projet à la face du monde après l'avoir officiellement présenté à l'association et à ses membres.

Avec ça plus un nouveau Forgotten Generation, et une nouvelle possibilité d'exposition dans un endroit différent mais que je ne peux pas annoncer prématurément, j'espère bien pouvoir éviter la comparaison avec une fillette de 15 ans.

Quant à la première image qui illustre ce billet, elle est tirée du comic-book Savage Dragon, BD d'action/super-héros menée de main de maître par le seul Erik Larsen depuis plus de 20 ans. Un univers qui évolue avec le temps, mais qui n'a jamais fonctionné en France. Je trouverai le moyen d'en parler dans un prochain billet, ici ou sur Comixheroes.

jeudi 30 juillet 2015

Dark Fates épisode 5 : la genèse

Vous avez toujours voulu savoir comment on fait un épisode de Dark Fates, hein ? Eh bien c'est une alchimie difficilement explicable d'ingrédients difficilement quantifiables. Je pourrais aussi dire que c'est difficilement identifiable, mais en fait pas tellement. Revenons donc en détails sur l'épisode 5, anciennement épisode 0.1. Oui, Marvel a piqué l'appellation peu après, donc j'ai préféré changer. En fait, j'ai changé plein de choses entre les trois planches originelles et l'histoire telle que parue dans Forgotten Generation 2.










1 - Le décor

Dans quel décor encore inédit peut évoluer Ewen Merrick ? Un décor où il se sentirait mal à l'aise et inutile, où la magie ne peut rien pour lui. L'hôpital est l'endroit rêvé, puisque le pouvoir d'Ewen ne peut rien faire face à la médecine, et en plus, ces couloirs blancs sentent la mort.

Là, c'est pas dur, tout le monde dans sa vie a une certaine expérience de l'hôpital. Ce n'est pas difficile de replonger dans certains souvenirs pour dresser le cadre de l'histoire.

 2 - Les protagonistes

Si Ewen est bien le héros de l'histoire, il fallait qu'il ait face à lui quelqu'un qui lui soit lié, d'où l'apparition de son amie Sylvie Lanver, un petit clin d’œil au personnage de Sylvain Lanver des romans de Jean-Pierre Andrevon. Ce qui les oppose, c'est une maladie (non identifiée, tout comme le pouvoir d'Ewen Merrick n'est pas clairement défini). Sylvie est dans sa chambre d'hôpital, et Ewen lui rend visite. On sent qu'ils sont proches.

Plonger dans sa mémoire pour en ressortir quelqu'un dont on a été proche à un moment donné reste un exercice d'équilibriste : il faut résister à l'envie de donner au personnage une apparence et/ou une personnalité identiques à une personne en particulier. Techniquement, on peut le faire, mais j'ai choisi de ne pas prendre cette voie... surtout quand on voit le dénouement de l'épisode.

3 - L'histoire

L'histoire est assez simple : c'est Ewen qui raconte son histoire à Sylvie, et plus globalement au lecteur qui n'en a eu que quelques bribes avant cela. Tel est le but. Maintenant, est-ce que donner cette alliée de plus à Ewen servirait vraiment la trame globale ? Et pourquoi ne pas expliquer pourquoi il ne la voit plus ?

Dans l'histoire d'origine, Sylvie devait mourir au bout d'un certain temps. Une façon de montrer la fatalité contre laquelle le pouvoir d'Ewen ne peut pas grand-chose. Pour la nouvelle version, le scénario se veut plus nuancé, moins noir et plus magique. La finalité reste la même de cette façon.

Pour ce faire, j'ai fait appel à des souvenirs, encore une fois. Aux êtres desquels on pouvait être proche avant qu'une raison plus ou moins justifiée (bien souvent moins que plus, en réalité) ne les pousse à vous mettre à l'écart. Se baser sur les discours tenus à l'époque pour ensuite arranger ça à la sauce BD.

Tout tient donc dans un mélange de souvenirs, d'extrapolation et de magie. Des souvenirs pour garantir une certaine authenticité, de l'extrapolation pour développer des situations, et de la magie parce que c'est de ça que Dark Fates est fait. L'authenticité et la cohérence, c'est le secret.



Forgotten Generation 2 est commandable sur l'Arcadia Store.


samedi 18 juillet 2015

Ici je suis là, et (pas) ailleurs

Plus d'un mois a passé depuis mon dernier billet. Lequel était d'ailleurs succinct et informait juste de ma présence à Niort le 6 juin, ce qui était déjà pas mal. Il faut donc remonter au 26 avril pour avoir quelque chose de plus conséquent, et qui m'a coûté quelque désagrément.

En effet, je parlais dans ce billet judicieusement intitulé "Jamais mort, on avait dit" du fait que les rumeurs de la mort d'Arcadia Graphic Studio et de la mienne étaient un peu erronées, et que je trouvais frustrant de consacrer autant d'énergie à devoir légitimer notre droit d'exister. Il s'avère que le monsieur à qui le message était en partie destiné l'a pris comme un communiqué très très officiel d'Arcadia Graphic Studio, un truc que je ne fais pourtant que sur le site officiel (ici, vous êtes sur mon blog perso, où ce que j'écris n'engage que moi). Il a donc décidé de ne pas mettre en lien sur son site celui d'Arcadia, et m'a au passage égratigné publiquement (au même titre que deux autres personnalités du milieu) dans un billet très "règlements de comptes". Moi, comme un gentleman, j'ai écrit un mail entier pour plaider ma cause, mais les réseaux sociaux se sont indignés, et sous le coup de la critique, c'est tout le blog Indécomics qui a été supprimé. J'attends encore la voix qui me désignera comme responsable de cette fermeture (après tout, certaine voix m'a désigné tueur du collectif Indécomics, qu'il repose en paix même si j'y suis pour rien), mais soyons clairs, j'ai été très courtois dans ma correspondance, ce n'est pas moi qui ai grondé d'une gronde par ailleurs justifiée. Se faire limite insulter publiquement, c'est quelque chose de fort peu appréciable. Il me reste en bouche un sale goût de gâchis. Il y aurait pourtant eu tant à faire avec ce nouvel observateur et cette nouvelle dynamique, mais il va falloir remettre sur pied un nouveau projet, désormais.

Ceci conclura ma pensée sur ce triste incident. Jeter le bébé avec l'eau du bain alors que le feu ne venait pas des détracteurs, c'est un beau gâchis.

Heureusement, il existe aussi dans ce bas monde des choses encore belles. Tenez, prenez le Festival A 2 Bulles de Niort, par exemple. J'ai été ravi de pouvoir faire tant de dédicaces sur un salon en territoire inconnu - hors-département et surtout suffisamment loin de Poitiers pour qu'on n'ait jamais entendu parler là-bas de Forgotten Generation. C'était cool, plusieurs nouveaux lecteurs m'ont allégé de mon stock de Forgotten Generation v1 1 de 2012 (vous savez, celui qui est sur Lulu.com en impression à la demande), et j'ai fait Ewen Merrick sous toutes les coutures. Bon, seul problème, c'est qu'au final, je me suis retrouvé seul derrière mon stand toute la sainte journée. Pas facile pour faire des pauses... Et là, on me dira que les pauses, c'est pour les faibles. Le temps de commander un croque-monsieur et de discuter un peu à la buvette, je suis resté cloué sur mon siège à dessiner. D'ailleurs, je n'ai pas scanné ce que j'ai fait là-bas, à l'exception de mon Ewen Merrick dessiné sur le carton du croque-monsieur. Que ne ferait-on pour économiser le papier...
Le bilan de cette édition est donc positif. Juste trouver pour l'année prochaine le moyen de mieux transporter toute la production arcadienne, parce que la caisse en plastique, c'est définitivement pas pratique au-delà d'une poignée de mètres. Et je remercie Fabien pour avoir joué le rôle de porteur le matin et le soir.

Des contacts sont pris pour de prochains salons, mais en attendant, je dois sortir des zines régulièrement, et à ce propos...






Eh oui, le tant attendu Forgotten Generation 2 est paru ! 10 nouvelles pages de Dark Fates sont à signaler dedans, ce qui semble peu, mais en contrepartie, j'ai encore fait la maquette, lettré 40 pages, scénarisé une autre histoire et même traduit le tout premier épisode de Black Terror !

Oui, vous avez bien lu ! Le héros créé par Richard E. Hughes et David Gabrielsen, ressuscité par Bill Black et Alex Ross, voit enfin ses origines en français ! Si jusqu'ici, Univers Comics nous avait gratifié de deux épisodes traduits par Jean Depelley (je marche dans ses traces, c'est une sorte de fierté personnelle), il reste encore quelques dizaines d'histoires à publier, et je peux d'ores et déjà vous dire que je m'y colle actuellement pour des parutions Arcadia.

Quant à la question "Mais que vient foutre Black Terror dans Forgotten Generation ?", je répondrai que depuis le début, je n'ai jamais caché mon intention de piocher dans ce répertoire pour enrichir le sommaire et l'univers de mes publications. Parce que le personnage lui-même est une prochaine recrue du Madwhite Universe, on va lui faire des histoires inédites. Et ce sera bien différent des histoires de chez Dynamite. Et non, ce n'est pas une critique envers sa prise en main par Jim Krueger.

Mais attendez ! Si je vous dis qu'en plus, dans ce numéro 2, il y a l'étonnant Forgotten Union, un crossover réunissant les principaux univers d'Arcadia ! Oui, Ben Wawe a trouvé le moyen de raccorder tout ça, et je fais la page consacrée à l'univers de Dark Fates. Une œuvre réalisée de manière collégiale, et qui n'est qu'une raison de plus d'investir votre argent dans Forgotten Generation ! A lui seul, le sommaire contient 6 bonnes raisons de dépenser ! Et c'est pas cher ! Et c'est par un collectif de jeunes auteurs qui en veulent grave ! Sans chercher beaucoup, ça fait 8 bonnes raisons, vous voyez ?

Je pense que mon prochain billet sera l'occasion de revenir sur cet épisode précis de Dark Fates. En attendant, les news officielles vous attendent sur le site officiel.

Bonne nuit, mes petits, et que les cauchemars se tiennent à l'écart.

vendredi 2 mai 2014

Dark Fates : la B.O. (ou presque)


Il est un aspect important de la création chez moi : la multiplicité des sources. Le déclic créatif part de n'importe quel endroit ou de n'importe quel support... y compris non visuel. La musique est donc partie prenante de la création.

Il ne s'agit pas vraiment d'écouter de la musique au hasard. Ce n'est pas en allumant la radio sur F* Radio (la seule que je capte dans la voiture parce que le bouton est cassé - mais en réalité, cette station est formatée comme beaucoup des plus populaires, comme Skirap, alors j'ai débranché l'antenne sans une once de regret, parce que c'est le son qu'on m'impose déjà dans les supermarchés et ailleurs) que je peux me lancer dans la création. Il faut un ou plusieurs éléments :

1) Des paroles suffisamment bien écrites, avec des métaphores ou une histoire que je peux visualiser dans ma tête. Le style importe peu : Richard Wagner, Ice Cube, Blankass, Johnny Cash, Rammstein, Julee Cruise, Therion, tout est bon à prendre. Faut pas être sectaire, la curiosité n'est pas un vilain défaut, et elle est même la meilleure amie de l'artiste. En plus, avec Internet, c'est super facile d'écouter tout ce qu'on peut chercher. Et décortiquer des paroles de chansons en bonus.

2) Une ambiance musicale forte. Là, on rejoint un peu le concept des paroles : les images doivent affluer. Quand je parle d'ambiance, ça signifie une émotion portée, et là aussi, le style importe peu, mais je risque de me répéter. L'esprit est un parachute.

3) Une isolation idéale pour lancer toutes les idées sur le papier (ou le clavier). Oui, ça nécessite aussi des conditions d'écoute optimale. S'asseoir chez soi en mettant un disque sur la chaîne hi-fi est ce qu'il y a de mieux. Être assis devant son PC à écouter de la musique dont la source est moins top, c'est un peu moins bien, mais des fois on ne peut pas choisir. J'ajouterai aussi les longs trajets en train avec un baladeur, dans ce cas. C'est pas en discutant avec le voisin que les conditions seront optimales, pour sûr. Mais après, ça dépend de ce qu'on veut.

Voilà, c'est un début. Maintenant, il est parfois possible de compiler précisément les morceaux qui aident au déclic créatif. Mais dans mon cas précis, j'ai décidé d'aborder le truc sous un angle différent, parce que je veux partager justement la bande sonore.

Celle de Dark Fates, pour ainsi dire. Vous savez, le plus ensorcelé des french comics, qui tient de David Lynch et des fumetti ? Publié par Arcadia Graphic Studio dans le magazine Forgotten Generation ? Oui, celui-là précisément. Tout à fait.

N'ayant aucunement les droits pour des chansons de Blue Öyster Cult directement liées au concept de la BD, j'ai opté pour des artistes dont l’œuvre est sous licence libre, et j'ai donc fait une compilation gratuitement téléchargeable de titres pour vous plonger dans l'ambiance des aventures initiatiques d'Ewen Merrick. Tout cela est bien sûr légal, grâce au site Jamendo qui est une plate-forme géniale pour tous les amateurs de musique. 


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