jeudi 31 octobre 2019

Dark Fates : 31 octobre (nouvelle)

Bonjour à toutes et à tous, 

Je n'ai pas écrit de nouvelle pour Halloween cette année, du coup je vous partage celle que j'ai écrite l'an dernier pour le blog d'Arcadia Graphic Studio.

Il s'agit d'une version alternative de Dark Fates, où les personnages ont évolué d'une autre façon. Les illustrations sont issues de la session Inktober 2018, à l'exception de la dernière qui a été réalisée spécialement.

Bonne lecture !


31 octobre





31 octobre. Les citrouilles, fantômes et sorcières avaient commencé à envahir timidement les rues de Kaltsee, principalement à l’initiative des commerçants qui avaient vu en cette fête étrangère un moyen de s’assurer une petite manne financière, entre la rentrée des classes et avant la fête de Noël. Mais cette tradition commerciale était marquée, cette année, par l’irruption de véritables visions de cauchemar, quelques mois plus tôt. Pendant la nuit de Walpurgis, les morts s’étaient en effet relevés de leurs tombes, laissant dans leur sillage plusieurs victimes avant de disparaître d’un coup. Les cœurs étaient donc moins à la fête pour se costumer en revenants. Seuls, les plus téméraires auront choisi de vaincre leurs peurs pour s’amuser en incarnant des créatures rejetées par l’enfer, mais la plupart auront préféré opter pour des déguisements plus neutres ou plus drôles.

Cependant, Claire Djarvick goûtait peu cette tradition nouvelle. À vrai dire, elle se tenait à l’écart des rassemblements depuis plusieurs mois, depuis la mort de Xavier Enrikchen, son petit ami, et tout ce que Halloween lui rappelait, c’était le dernier jour d’octobre, la veille de la Toussaint, le jour où l’on fleurit les tombes des êtres chers. Elle se préparait psychologiquement à aller au cimetière, pour se recueillir pour la première fois face à la stèle de son amour disparu, accepter l’inacceptable. En cette fin de journée, elle n’était donc pas d’humeur à aller faire la fête, alors elle avait décidé d’évacuer ses noires pensées à la salle de sport.

Dans le vestiaire bien moins peuplé qu’à l’accoutumée, Claire se rappela les événements des mois passés : comment Joe Gillian était venu chez elle annoncer la nouvelle funeste, comment elle l’avait accueillie, et comment sa vie aurait pu devenir un enfer. Fort heureusement, ses parents l’avaient soutenue du mieux qu’ils le pouvaient, l’aidant à se débarrasser de sa mauvaise hygiène de vie et à pratiquer une activité qui lui faisait du bien. Claire avait donc choisi de s’inscrire à la salle de sport, remplaçant les cigarettes et l’alcool par l’effort soutenu d’une activité sportive. En enfilant sa brassière et son short, elle se disait qu’elle était une toute autre personne, du moins tant que l’effort physique continuait ; c’est pourquoi elle tenait à rester le plus longtemps possible à profiter des installations à sa disposition, afin d’éloigner le moment où elle devrait ressortir et affronter son mal-être.



En sortant du vestiaire, Claire se remémora le chemin qu’elle avait parcouru jusqu’à la salle, et son intrigante rencontre avec Ewen Merrick quelques minutes plus tôt. Elle n’avait pas vu le jeune sorcier depuis des mois, et leur dernière rencontre avait été mouvementée. Claire l’observa de loin : il paraissait confus et désespéré. Quand il fut enfin à sa hauteur, il l’interpella maladroitement. « Zira n’est pas rentrée depuis deux jours », lâcha-t-il au bout de quelques secondes. Le nom de Zira Ondalli faisait ressurgir des souvenirs dans la tête de Claire, des souvenirs peu flatteurs. Elle se souvenait d’une jeune femme agressive envers Xavier, et à la personnalité moins positive que ce qu’elle laissait entendre d’elle à la radio. Elles ne s’étaient d’ailleurs plus parlé depuis la mort de Xavier, Claire ayant décidé de couper les ponts délibérément, et Zira n’ayant pas essayé de renouer le contact de son côté. Pourtant, à voir Ewen aussi désemparé, elle eut de la peine pour lui, et commença à s’inquiéter pour Zira.

Dans la salle, l’affluence était maigre. Peut-être que les habitués avaient décidé de célébrer Halloween en famille plutôt que de s’entraîner ?

Deux heures passèrent. Dehors, la nuit était tombée, et plusieurs personnes avaient déjà quitté la salle. Claire fit une pause pour boire un peu d’eau. À ce moment, elle s’aperçut qu’un homme complètement hagard était entré. Il se tenait sur le pas de la porte quand un des entraîneurs finit par s’approcher de lui, lui demandant ce qu’il voulait. Il y eut une seconde pendant laquelle l’homme hagard se figea complètement, puis sauta à la gorge de l’entraîneur. Deux autres hommes entrèrent pendant que le premier buvait goulûment le sang de sa victime, mais eux avaient l’air plus alertes et avaient leurs yeux injectés de sang dirigés vers les quelques personnes qui s’entraînaient dans la salle, et ils commençaient à se précipiter vers leurs proies.

Nul ne semblait en croire ses yeux, mais le mot fut lâché : vampire. Il était impossible qu’il s’agît d’une mise en scène d’Halloween, et si la nuit de Walpurgis avait bien démontré une chose, c’était que l’incroyable et l’impossible faisaient désormais partie du quotidien. Quand une femme – un vampire - entra à son tour dans la salle de sport, la panique gagna tout le monde. Claire, elle, était miraculeusement hors du champ de vision des vampires, et en profita pour gagner la sortie de secours. À peine à l’air libre, elle se mit à courir droit devant elle, remarquant à peine les corps sans vie qui gisaient le long de la rue.

Filant aussi vite qu’elle le pouvait, elle se rendit compte qu’elle passait dans une rue qui lui était familière, au bout de laquelle se trouvait le magasin « El Marino », tenu par Juan Cazaro, qui avait hébergé Xavier pendant des mois. La pensée de revoir l’antipathique vendeur rassura pourtant Claire, qui se précipita dans la boutique. Les lumières étaient éteintes, et une odeur pestilentielle flottait. Dans l’obscurité, Claire devina deux corps étendus sur le sol, qu’elle enjamba pour accéder aux interrupteurs derrière le comptoir. Le magasin fut éclairé en quelques secondes. Les corps sur le sol étaient ceux de deux femmes. Claire observa autour d’elle afin de voir si Juan était encore dans les parages, mais elle comprit vite que la masse sombre qu’elle avait vue dans le noir n’était autre que le corps exsangue de l’Espagnol, qui s’était battu jusqu’à la fin. Claire porta la main à son cœur, une façon de rendre un dernier hommage à cet homme qu’elle n’avait jamais aimé, et réciproquement, avant de fouiller derrière le comptoir à la recherche de tout ce qui pourrait lui être utile. Elle s’empara d’un sac et y glissa le long couteau de Juan, ainsi que des fusées éclairantes et un pieu qu’elle eut du mal à extirper du cœur d’un des cadavres de vampires.

Claire pensa alors à ses parents, et se dit qu’elle devrait essayer de les rejoindre. Mais la maison était trop loin, et elle avait une dernière halte à faire qui pouvait remettre les choses dans l’ordre. L’appartement que partageaient Zira Ondalli et Ewen Merrick n’était pas si loin, et c’était peut-être la seule chance pour la ville de Kaltsee de ne pas céder à l’emprise des vampires.





À nouveau une course rapide, et Claire fut devant la porte. Elle prit quelques secondes pour reprendre son souffle, puis entra sans sonner. Seule, une petite lampe éclairait la pièce de vie… et la silhouette d’une femme.

« Claire ? C’est toi ? » demanda-t-elle.

Cette voix ne lui était pas inconnue ; au contraire, elle était reconnue de toute la ville pour son émission qui apportait des conseils et un peu de baume au cœur de nombreux jeunes et moins jeunes. Claire se risqua donc à répondre :

« Oui. Zira, c’est toi ? Ewen m’a dit que tu avais disparu.

La silhouette se déplaça dans la lumière, et Claire comprit immédiatement pourquoi elle ne l’avait pas reconnue : Zira portait un corset et une longue jupe dévoilant sa jambe gauche gainée d’un bas en résille. Sa coiffure elle-même était différente, plus sophistiquée. Claire avait toujours considéré l’habillement de Zira sans aucun goût, aussi la voir ainsi parée la rendait méconnaissable à ses yeux.


- C’est moi, lui dit-elle sobrement. Je suis revenue.

- Quelle incroyable transformation, souffla Claire.

- N’est-ce pas ? (Zira fit une pause) Oh, tu parles de mes habits ? J’en ai toujours rêvé. »

Elle fit un tour sur elle-même, faisant virevolter sa jupe.

«  Une deuxième vie, ça change tout », reprit-elle.

À ce moment, Claire contempla ses yeux : ils étaient injectés de sang. Comme si Zira avait anticipé la question, elle répondit :

«  Oui, j’en suis une. Tu ne te doutes pas à quel point c’est libérateur. »

Claire plongea la main dans le sac pour s’emparer du pieu, tandis que Zira continuait :

« Je me suis déjà nourrie ce soir. Je suis repue. Tu peux donc partir tranquille… ou nous rejoindre ! »

À ces mots, Zira fondit sur Claire, qui sortit hâtivement le pieu du sac et frappa la vampire à la tempe. Profitant du fait que son adversaire devenait chancelante, Claire prit la fuite, oubliant le sac dans sa hâte. Elle se mit à courir vers les bois sans regarder en arrière. Elle était désorientée, et plus rien ne comptait à présent qu’échapper à la créature qu’était devenue Zira Ondalli. Hors d’haleine, elle finit par s’effondrer derrière un arbre. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre son souffle et ses esprits. Qu’est-ce qui avait fait de Zira un vampire ? Avait-elle tué Ewen Merrick ? Et si… ? L’espace d’un instant, elle eut une révélation : et si Xavier était aussi devenu un vampire ? Il serait sans doute venu chercher Claire, ou…

À mesure que ses tympans ne faisaient plus résonner son pouls, elle commençait à mieux appréhender son environnement : à une dizaine de mètres devant elle, elle pouvait entendre le léger bruissement de l’eau de la rivière, rivière qu’elle voyait de manière assez distincte. Les bois, étrangement, étaient silencieux, comme avant une tempête. Pendant quelques secondes, Claire retrouva son calme, comme si son coup de frayeur n’avait pas eu de cause sérieuse ; mais ce calme fut vite rompu par des pas dans les feuilles desséchées, à quelques mètres derrière elle. 



« Inutile de te cacher », retentit la voix de Zira. « Je sens parfaitement ton odeur. »

Claire sentit son pouls s’accélérer. Serrant le pieu dans son poing, elle se redressa contre l’arbre. Elle prit une longue inspiration, puis sortit de sa cachette.

Zira semblait encore toute fraîche, comme si elle n’avait fait aucun effort pour rejoindre sa victime. Sa poitrine, mise en valeur par son corset, ne se soulevait absolument pas. Claire, elle, luttait pour tenir debout malgré ses jambes flageolantes. Finalement, elle brandit son pieu en avant, résignée, en lâchant « Je te préférais quand tu étais dans la radio, Zira ! » pour se donner du courage.

Le combat qui s’ensuivit était déloyal. Claire, transie de peur, devait se battre contre une Zira en parfaite possession de ses moyens, et dont la nouvelle nature vampirique l’avait dotée de nouvelles capacités qui l’élevaient au-dessus de la condition humaine. Pendant plusieurs minutes, Claire reçut plusieurs coups assénés avec le plus grand des calmes, mais elle trouva toutefois la force de se relever à chaque fois. Elle réussit à porter elle-même plusieurs coups de pieu à son adversaire, mais jamais au bon endroit ni avec assez de force. Mais au bout de trop nombreux coups portés à sa tête, Claire finit par ne plus être capable de se relever.

Zira se pencha sur sa proie, la bouche grande ouverte sur des crocs qui n’attendaient que de plonger dans une jugulaire. Cette fois, aucun discours ne venait se poser en prélude, il ne restait que l’envie primaire de tuer. Claire sentit sa tête tourner alors que les dents acérées commençaient à toucher sa chair. Elle était perdue, elle se sentait déjà partir quand elle entendit une voix criant des mots qu’elle ne reconnaissait pas, mais qui étaient en réalité issus d’une langue très ancienne. Un bruit sourd accompagna une explosion liquide et visqueuse qui lui macula le visage et la poitrine.

Les crocs n’avaient pas pénétré sa chair, et Claire, abasourdie, vit s’effondrer le corps désormais sans tête et sanguinolent de Zira. Elle remarqua aussi une silhouette s’avancer vers elle et lui tendre la main. Le sceptre qui était dans l’autre eut un effet rassurant sur Claire.

« Ewen ! »

Celui-ci, dos au clair de lune, mit quelques secondes avant de répondre :

« Oui, c’est bien moi. C’est terminé pour elle, à présent. »

Claire prit la main de son sauveur et se redressa, les fluides de Zira coulant de sa brassière jusqu’à son nombril. Elle s’essuya tant bien que mal, mais elle savait qu’elle avait devoir prendre de longs bains pour se débarrasser du sang et de la sensation désagréable de la cervelle sur sa peau.

Ensemble, ils marchèrent main dans la main jusqu’à rejoindre la route. La lune éblouissait Claire, qui se tourna alors vers Ewen. Levant la tête, elle le trouva étrangement calme. Voyant qu’elle s’arrêtait, Ewen regarda Claire dont le visage passa alors au blanc.

« Ewen ! Tes yeux ! »

En guise de réponse, il resserra sa poigne et se pencha vers elle.

mardi 30 juillet 2019

Sonic Adventure, retour en enfance

Je redécouvre en ce moment Sonic Boom. Ce n'est pas comparable avec la claque qui a accompagné ma découverte de la Dreamcast.

Pensez... Sonic, la série principale (donc pas les jeux de course), avait toujours été cantonné à la 2D (ou 3D isométrique - j'omets les phases bonus). Les jeux avaient fait le bonheur des joueurs Megadrive, Game Gear et Master System (mais aussi Mega-CD), mais l'arrivée des 32 bits sur le marché a porté un coup à notre hérisson préféré, qui n'était plus le porte-étendard de Sega sur Saturn. Sur l'infortunée 32 bits de maître Sega, Sonic n'a rien révolutionné, puisque la "killer app" devait être Nights et son pad analogique. Pas de jeu Sonic pour accompagner l'onéreuse console à sa sortie, il faudra attendre 1996 et la sortie de Sonic 3D Blast pour en avoir un... qui n'était malheureusement qu'un portage amélioré du même jeu sorti sur Megadrive, et qui est loin d'être le meilleur. En 1997, c'est Sonic Jam qui sort... mais c'est juste une compilation des quatre épisodes de la Megadrive (avec des bonus dans un mini-monde ouvert en 3D). Pour avoir un jeu qui exploite vraiment les capacités de la Saturn, il faut attendre Sonic R... qui est un jeu de course.



En fait, il devait bien y avoir un vrai jeu Sonic en 3D exclusif à la Saturn : Sonic X-Treme, qui a été annulé, nous laissant en catastrophe avec un Sonic 3D Blast optimisé in extremis. Apparemment, Sega voulait quand même garder Sonic comme mascotte et pas le remplacer par Nights pour cette génération (Sonic ayant remplacé Alex Kidd à la génération précédente), mais l'absence d'un jeu original a dû nuire à la réputation de toutes les parties à la fois. Et Mario 64 a redéfini les règles du jeu de plate-formes en 3D entre-temps.







C'est donc dans ce contexte que sort Sonic Adventure sur Dreamcast en 1998 (un an plus tard en France), avec plein de choses à prouver. Et là, on a vraiment l'impression de se retrouver au bon vieux temps du duel Mario/Sonic des années 16 bits, tant le jeu donne un coup de vieux à Mario 64 : graphismes, vitesse, animation, Sonic est de retour dans une grande forme (aidé par une console deux fois plus puissante, ceci dit), même si Sonic Adventure n'est pas dénué de défauts (surtout la caméra qui est capricieuse, et le fait de devoir finir le jeu avec les six personnages pour débloquer le boss final, ce qui casse le rythme).

Six personnages avec chacun un gameplay, des niveaux, un thème et un genre musical différents, un scénario bien fichu, des graphismes très réussis, des musiques d'anthologie, Sonic Adventure avait donc beaucoup d'atouts pour séduire... sauf la console, injustement boudée par le public. Le jeu a été le best-seller de la Dreamcast et aura un deuxième épisode qui sera un cran au-dessus. Sans compter une ressortie dans une version un peu modifiée sur GameCube, PC, PS3 et Xbox360. Pour ces deux dernières, en revanche, l'accueil a été moins enthousiaste : en 2010, Sonic Adventure avait déjà pris un sacré coup de vieux.

Si vous aimez Sonic, faites l'expérience de Sonic Adventure. Et si vraiment vous ne voulez pas, écoutez au moins les musiques, elles valent largement le coup d'oreille.

Quant aux autres jeux cités : Nights est très sympa, il a eu un épisode sur Wii plutôt pas mal ; Mario 64 a vieilli, je ne suis pas un grand fan de cet épisode, mais il a quand même frappé un grand coup pour l'époque ; Sonic R est un jeu de course qui n'est pas très folichon, disponible dans la compilation Sonic Gems Collection qui propose aussi Sonic The Fighters (une curiosité pas déplaisante de l'arcade) et surtout le graal Sonic CD, sorti sur l'extension Mega-CD de Sega qui n'a pas connu un succès foudroyant, et qui est en quelque sorte un Sonic 1.5 (ce sont vraiment les graphismes du premier épisode) avec des niveaux très grands, des voyages dans le temps à l'intérieur d'un même niveau et des musiques qualité CD (dans la même compil, on peut aussi noter des jeux Sonic sur Game Gear et quelques jeux Megadrive, ce qui fait que ça vaut le coup de l'avoir).

samedi 13 juillet 2019

Blood Reich, ou Ma vampire chez les nazis

Dans les pêches à Noz, on trouve des trucs qui vendent du rêve avec leurs jaquettes : ici, c'était Blood Reich (en combo DVD/Blu-Ray).

Le côté incongru de la nana au décolleté incroyable et de cuir vêtue combattant des vampires nazis ne pouvait que faire s'allumer mon sens cinéphile déviant, me disant qu'à défaut de voir quelque chose d'intelligent, j'allais voir un truc un peu taré. Le résumé fait mention de quelques films des acteurs principaux et de "vampire la plus célèbre des jeux vidéo". J'en conclus que c'est Bloodrayne (pas manqué). En-dessous, les caractéristiques techniques des disques : Blu-Ray 90 minutes, DVD 120 minutes (parce qu'en fait, ils ont mis les bonus uniquement sur le DVD, ce qui est une idée débile).

Je lance le Blu-Ray. Bandes-annonces, je passe un peu. Ah, il y a un film de zombies italien produit par Uwe Boll. Mon sixième sens carillonne dans ma tête, mais je l'ignore. Puis vient le film lui-même : réalisé par Uwe Boll. Tiens, c'était pas sur la jaquette, ça ! Pas plus que le nom de Bloodrayne (pas vendeur ?). On arrive, après un long générique, à la première bataille, où Rayne affronte des soldats allemands dans une gare en Russie. C'est pas spécialement joli, mais de toute façon, Uwe Boll a pensé à détourner notre attention avec le décolleté de Rayne, qui met tellement bien en valeur sa poitrine qu'on ne voit que ça.

Je passe rapidement sur l'histoire : Rayne a accidentellement créé un dhampyr nazi, et un Mengele nanar décide de s'associer à lui afin de rendre Hitler immortel. Rayne rejoint l'antenne de la résistance locale après s'être fait masser dans un bordel où l'on peut admirer de nombreuses plastiques féminines et une petite scène de baise. Puis les plans dérapent, Rayne est retrouvée par un vampire en même temps que le chef de la résistance, elle se fait pomper le sang, puis on les emmène à Berlin. Sur le chemin, le chef de la résistance, enfermé avec Rayne, décide de la peloter, parce que bon, il n'a pas emmené de bouquin pour la route. Rayne se réveille, joue les contrariées, puis finalement décide de coucher avec lui, parce que ça permet d'avoir plus de nichons à l'écran et ça meuble un peu. Et de toute façon, il est jeune et beau, il est haut placé dans la hiérarchie, il s'est engueulé avec Rayne, donc c'est forcément lui qui doit se la faire. Puis le convoi est arrêté par la résistance, puis combat final dans une gare contre des vampires. Images d'archives, puis arrivée dans un camp de concentration où Rayne et ses nouveaux potes viennent bouter du SS. Fin. Il reste encore 6 minutes de générique pour atteindre 1h15.

Décevant. Techniquement, c'est plat, le scénario est stupide et n'assume pas son côté débile. Les scènes de combat, les décors et le nombre de personnages à l'écran trahissent le manque de moyens et d'ambition de ce film (qui a sûrement coûté plus cher qu'un Troma, mais ça ne se voit pas). Pas de mention de l'ayant-droit de Bloodrayne au générique. Tromperie sur la marchandise avec une Rayne différente de celle du film à l'arrière de la jaquette.

Bref, un scénario pas vraiment intéressant, une actrice qui se fait voler la vedette par sa poitrine, un film qui ne va pas jusqu'au bout de son concept (on s'attend à une armée de vampires nazis, et on en a juste une dizaine dans un entrepôt). Pas assez foutraque et involontairement drôle pour être un nanar, trop indigent pour éveiller l'intérêt, on peut passer tranquillement à côté. A réserver aux collectionneurs invétérés de Bloodrayne ou aux fans d'Uwe Boll.

jeudi 11 juillet 2019

Destins obscurs, jours obscurs, dessins obscurs


Voilà maintenant 11 ans et quelques que j'ai crayonné la première planche de Dark Fates. Je ne me souviens plus très bien quel mois c'était, mais c'était bien en l'an 2008.

A l'époque, première BD d'ambition oblige, j'ai voulu me donner moins de travail et dessiner directement au format A5, ce qui, avec le recul, n'est pas l'idée du siècle. Je suis actuellement à l'étroit dans le A4, pour tout dire. Pour ces 20 pages, je savais à peu près où je voulais aller, et ça tombait bien, parce que justement, j'y suis arrivé. Le temps passant, sûrement début 2009, j'ai dessiné le deuxième épisode, en A5, puis commencé le troisième au même format quelques mois plus tard alors que le premier n'était toujours pas publié. Parce que oui, il faut savoir qu'il peut se passer un certain temps entre l'exécution et la publication, parce qu'il y a un tas de problèmes à régler, surtout quand on se lance sans s'y connaître. Et ça m'a coûté un collaborateur.

Par la suite, j'ai ajouté des histoires courtes, mais pour les derniers épisodes, je suis repassé à 20 pages, indispensable pour raconter ce que j'avais en tête. L'épisode 7, "La spirale descendante" (on parle plutôt de "spirale infernale" dans ces cas-là), je l'ai plus ou moins présenté comme une adaptation d'une nouvelle que j'avais écrite en 1999. A l'époque, j'avais une proto-version de Dark Fates sur laquelle j'usais mes crayons sans en sortir vraiment du concret, et l'équipe des Challengers était différente. Claire, Xavier et Juan étaient déjà de la partie, mais il y avait deux autres personnages nommés Victor (un vampire, si je me souviens bien) et Nick (un loup-garou). Les deux morts que l'on voit dans Dark Fates étaient déjà là à l'époque, et étaient imputables à Victor, si mes souvenirs sont bons. En fait, c'est assez confus. Le texte a été écrit sur des cahiers et des feuilles volantes, et il arrivait bien des malheurs à Claire Djarvick, qui rencontrait pas mal de protagonistes de mon proto-univers. Il y avait des passages bizarres, d'autres humoristiques, mais la tonalité était bien dramatique, se concluant par la mort de vous-savez-qui. La conséquence, c'était que les créatures surnaturelles allaient être pourchassées. Mais comme c'était une époque confuse et que je n'ai jamais pris le temps de me poser pour faire UN truc précis (à part cette nouvelle qui occupait mes heures d'étude), l'idée est restée inachevée. En 2002, Ewen Merrick est arrivé dans un deuxième projet sans lien. A partir de là, je vous renvoie à mon interview sur le site d'Arcadia, qui resitue bien les choses : http://arcadiagraphicstudio.blogspot.com/2019/05/interviews-arcadiennes-florian-r-guillon.html

Donc, au final, je n'ai gardé que la moelle de cette histoire, et ai fabriqué le reste avec cet univers que je construisais petit à petit. Il m'a fallu 20 ans pour sortir ça, ce qui est beaucoup, mais il a fallu prendre le temps de mûrir.

Et aujourd'hui, je vois qu'il me reste cinq planches à encrer (et tout à coloriser après) pour achever cette histoire. Une fois tout finalisé, aurai-je enfin mis derrière moi l'adolescent de 14 ans qui bâtissait des univers en ayant grandi trop vite ? Je ne sais pas. En fait, je suis à peu près sûr que de cette période, il me reste encore des choses à tirer. Venomous Girl, par exemple, ou l'exorcisme des années collège.

Créer, c'est un investissement émotionnel. On donne toujours un peu de soi-même, on mise des choses importantes. Enfin, d'une certaine façon. Dark Fates, c'est clairement ça. Je ne suis pas sûr que ce sera le cas si j'écris un jour une reprise d'un titre historique.

Pour dessiner, j'écoute traditionnellement de la musique, mais dernièrement, je me suis découvert un attrait pour les creepypastas et vidéos à contenu horrifique. Après tout, je dessine des monstres et j'essaie de caser des faits paranormaux dans mes BD. Donc, en ce moment, j'écoute pas mal (en fait, c'est un microcosme, puisque les trois bossent souvent ensemble) Mademoiselle McCreepsta, Les histoires de Skull, et ma chouchoute, Daenys Horror Story, que j'ai rencontrée à Bordeaux et que j'espère voir à Poitiers si les organisateurs du Geek Festival veulent bien la convier. Et forcément, à force de les écouter, ça m'inspire, et ça me donne envie de partir sur un nouveau format d'histoire, plus proche de la fiction audio, et de réécrire des nouvelles.

J'ai l'impression que Dark Fates rythme toute ma vie, en fait, en ce moment. Je pense que quand j'en aurai fini avec l'épisode en cours, je prendrai du recul quelques semaines afin de me consacrer à d'autres projets.


jeudi 7 mars 2019

Gentlemen extraordinaires

© Black Coat Press
 Il en faut peu pour m'amener sur de nouveaux terrains. Et souvent, il faut quelque chose qui n'a rien à voir. Pour ce qui nous intéresse ce jour, tout est parti de la mini-série Edge of Spider-Verse, non reprise en librairie, et pour laquelle il fallait donc trouver le Spider-Man Universe sorti à l'époque en kiosques. J'ai épluché les sites marchands, et ai trouvé des prix aberrants, sauf sur Price Minister/Rakuten. Là, j'hésite entre deux exemplaires, et je regarde la boutique du vendeur pour voir ce qu'il a d'autre à proposer pour amortir les frais de port. Et là, je tombe sur Shadowmen. Je me dis "Bon, OK, ça doit être l'équivalent du tome 1 des Hommes de l'ombre, donc des nouvelles avec des personnages antédiluviens, et en anglais. Mais c'est du petit tirage, donc pas facile à trouver à meilleur prix". J'ajoute donc à mon panier. Quelques jours plus tard, je reçois mes deux ouvrages, et - surprise - ce Shadowmen est en réalité une sorte d'encyclopédie de personnages de fiction populaire française. Autrement dit, une mine d'informations à portée de main et sans avoir à supporter la lumière bleue d'un écran.

Arsène Lupin, Fantômas, les Vampires, Rouletabille et tant d'autres, ils sont tous là ! Si ça, ça ne donne pas envie de se replonger dans des vieux bouquins usés par le temps et des vieilles bobines... ben en fait, c'est pas mon trip. Je ne me bats pas pour trouver des éditions anciennes de bouquins, je préfère les supports plus neufs. Je ne suis pas un hipster, qu'importe le flacon, pour moi. Et comme je suis pourvu d'une liseuse qui ne se fabrique plus mais m'a sauvé la vie plus d'une fois dans le train et en festival, je peux lire des ebooks libres de droits de ces vieux romans pas toujours faciles à trouver imprimés. Et si ça m'ennuie, j'ai moins de scrupules à arrêter ma lecture (Judex, je n'ai pas réussi à aller à la fin, le style m'a gavé). Mais bon, je préfère toujours un bon support physique.

Et qu'en est-il de ces personnages populaires ? Force est de constater que la France a quelque peu oublié son patrimoine, et à plus forte raison son patrimoine fantastique. Si Arsène Lupin et le diptyque Le mystère de la chambre jaune/Le parfum de la dame en noir sont toujours assez facilement disponibles et que Fantômas a droit à de nouvelles aventures en BD, les autres grandes figures du siècle dernier n'ont plus fait germer de nouvelles itérations depuis longtemps, hormis des allusions. Mais soulignons bien que le Fantôme de l'opéra n'a jamais été adapté au cinéma en France, c'est un comble.

Notre tâche est donc de se réapproprier ce patrimoine pour lui redonner des couleurs, plutôt que de se couper de cet imaginaire qui n'a rien de honteux.
Irma Vep par moi-même

Arsène Lupin par moi-même

jeudi 7 février 2019

Au Poitiers Geek Festival les 9 et 10 février

Mais c'est dans deux jours ! Oui, bon, je serai donc dans la partie comics, à l'emplacement 37, stand Arcadia Graphic Studio, avec des numéros de Forgotten Generation, Terreur Noire, Anges & Démons, des affiches, des badges et des prints. Et en plus, il y aura aussi une partie du stand dédiée à l'exposition de planches en A3, avec du Dark Fates, du Forgotten Union, du Lord Corlatius, du Steelman, et des couvertures.

C'est au parc des expositions de Poitiers, donc je vous attends nombreux !

mardi 29 janvier 2019

Mustang 2002, ou "l'époque où je voulais faire du petit format"

Alors là, je vous préviens tout de suite, on monte dans la calèche pour une descente du boulevard des souvenirs. Une époque où Internet n'était pas rapide ni omniprésent, une époque où j'habitais à la campagne, où j'allais au lycée, où la Dreamcast était un joyau technologique méprisé. Bref, c'est un temps qui me fait dire que je me fais vieux.

Wampus par José Ladrönn
Il y a eu une époque lointaine où, dans les kiosques, on trouvait plein de petits formats BD avec du western, des tarzanides, du fantastique, du médiéval, etc. Enfin, une époque pas si lointaine, quand même, et pas totalement révolue non plus, puisqu'on dénombre encore les survivants Cap'tain Swing et Akim.

Sauf qu'à l'époque où j'ai eu l'âge d'acheter mes revues en kiosques, les petits formats avaient l'allure de trucs datés, surtout avec l'accroche "Mensuel pour la jeunesse" en page de sommaire, donnant irrémédiablement un air désuet à ces publications bon marché. Bon, je dis ça, mais j'étais quand même curieux. Cela dit, les années 1990 ont été des années creuses pour le petit format : les lecteurs les délaissaient depuis plusieurs années au profit des albums librairies, les éditeurs n'y mettaient plus tellement de moyens et d'intérêt, et la nouveauté n'était pas vraiment là (je crois qu'il n'y a que la série Tex qui a continué d'avoir des inédits jusqu'en 2003). En fait, c'est à partir de l'arrivée de Thierry Mornet chez Semic (1999 ?) que la gamme a repris quelques couleurs, en accueillant des nouveaux artistes dans des "Créazones", et les nouvelles aventures de Zembla, faisant intervenir le personnage d'Ozark (plus vu depuis la période "Sup'héros" de Mustang... en 1981 !), avant de nouvelles aventures également pour Kabur.


Homicron par Steve Rude


Mais ce n'était qu'un début, car en février 2001, c'est avec plus d'ambition que débarque Fantask ! Format plus grand, avec du matériel italien (des inédits de Nathan Never), américain (les histoires courtes de Monkeyman & O'Brien par Arthur Adams), ancien (des extraits de Demain les monstres par Jean-Yves Mitton) et nouveau (Homicron, Fantask Force et Ozark). De quoi changer radicalement la face des Semic Pockets ! Oui, mais voilà, cette nouvelle formule de Fantask ne trouve pas son public, et après 3 numéros bimestriels, un quatrième sort en trimestriel (je l'ai acheté le 11 septembre 2001), et un dernier numéro, le cinquième, sortira en VPC (j'ai mis des années à le choper, et c'est grâce à Reed Man qu'il fait maintenant partie de sa collection) - en réalité, il sera compté comme "spécial", car un cinquième numéro de Fantask est bien sorti en kiosques, mais au format magazine, en couleurs, et sans BD (ça parlait d'Harry Potter).

Rage et déception, tous ces superbes projets se retrouvent le bec dans l'eau. Mais qu'à cela ne tienne, ce sont les Semic Pockets restants qui ouvrent leurs pages et en déploient de nouvelles pour accueillir toutes les nouveautés (même si on a perdu Nathan Never et Monkeyman & O'Brien dans la transition) ! C'est ainsi qu'en mars 2002, Mustang s'enrichit d'Ozark et de Wampus, les deux séries que je décide de suivre. Je découvre donc en même temps les italiens Zagor et Martin Mystère, le premier me gavant assez rapidement (le sidekick bedonnant n'y étant pas pour rien) malgré des idées sympathiques, le deuxième m'emballant réellement avec ses intrigues mystérieuses sur fond de faits ou d'énigmes historiques bien documentés. Un sommaire faisant la part belle au fantastique, aux mondes un peu mystérieux, ça éveille chez moi des envies d'être publié dans cette revue, y compris quand Wampus trouvera sa conclusion et sera remplacé par Dick Demon qui s'intègre thématiquement très bien au sommaire.

Mais arriva septembre 2003 et une terrible annonce : les éditions Bonelli, fournisseur de la plus grande partie du matériel italien des PF, confient leurs droits à un autre éditeur, mettant ainsi en péril l'équilibre économique des Semic Pockets, qui sont donc condamnés à disparaître en décembre 2003 avec des numéros riches en surprises. Non seulement certaines de mes revues régulières disparaissaient, mais d'un point de vue général, c'était aussi un espace de publication potentiel pour de nouveaux artistes qui partait.

Quelques années plus tard, le virus de la création m'a repris pour de bon, et au festival de Ligugé, en 2009, j'ai découvert le fanzine Mad Hatter, petit format noir et blanc bien sympa, et je me suis adressé à leur imprimeur pour faire un format semblable. Donc, quelque part, j'ai quand même fait du petit format... même si ce n'était pas dans Mustang.

Je n'ai jamais abandonné l'idée d'avoir une BD populaire dans le sens premier, c'est-à-dire une BD que chacun pourrait s'acheter, à un prix pas trop élevé, donc accessible. On m'avait fait remarquer, à l'époque, que j'étais plus cher que Grand Dédale, cela dit... Mais bon, 4,90€, ça me semble un prix correct. (et pour ce qui est de Grand Dédale, j'ai vraiment aimé ce que j'en ai lu, reportez-vous donc aux publications de ce blog, et on ne boxait pas dans la même catégorie sur tous les plans. Je déplore vraiment que Gilles n'ait pas pu mener ses plans à bien, mais je ne perds pas espoir de travailler avec lui)

Mais autre chose que je n'ai jamais lâché, c'est Mustang, et alors que je regardais la liste des parutions du passé qui n'ont jamais reparu, je me suis dit qu'il y avait peut-être un coup à jouer. Bon, apparemment, non, mais j'ai quand même ébauché une couverture, à l'époque (2011 ou 2012 ?).



Sentinel, Ewen Merrick, Black Diamond (on va dire 2011)
D'autres ont eu l'envie de ressortir Mustang de l'oubli (des maquettes ont même été faites), mais la marque n'est pas disponible.

Eh oui, ces dernières années (enfin, depuis le début du siècle), nous avons vu resurgir Fantask, Strange, Yuma, Spécial Strange (annulé), Étranges Aventures et Futura. Moi aussi, j'aurais bien envie de ressortir mon vieux titre, parfois. Profiter du prestige d'un nom connu doit être sincèrement grisant. Pouvoir se dire qu'on publie un titre qu'on lisait étant plus jeune, ça doit être une petite fierté.

Mais j'ai Forgotten Generation, et c'est très bien comme ça. J'ai déjà de quoi être grisé et fier, sachant que je suis parti de zéro avec juste un logo qui évoquait Strange. Finalement, pas besoin de reprendre un titre existant.


Quant à savoir ce que j'avais l'intention de publier en 2002, ma mémoire me fait défaut. Je sais qu'il était question de marais et d'ambiances mystiques, mais je ne saurais dire si le projet était abouti au point d'avoir un vrai concept au-delà de "l'homme végétal".